Banque mondiale prévoit flambée des prix de l’énergie due au conflit au Moyen‑Orient
Choc sur les matières premières : prix de l’énergie en forte hausse et risques pour la croissance mondiale
Un rapport récent avertit que la flambée des prix de l’énergie (+24 %) et la hausse généralisée des matières premières vont alimenter l’inflation, peser sur la croissance et accroître la vulnérabilité alimentaire à l’échelle mondiale.
Hausse remarquable des prix de l’énergie
Les prix de l’énergie devraient bondir de 24 % sur l’année, atteignant leurs niveaux les plus élevés depuis le déclenchement du conflit russo‑ukrainien en 2022. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de perturbations significatives des approvisionnements : attaques sur des infrastructures énergétiques et contraintes sur le transport maritime ont provoqué une réduction initiale de l’offre pétrolière d’environ 10 millions de barils par jour. Malgré un reflux depuis les sommets récents, les cours restent bien au‑dessus des niveaux observés en début d’année, et le baril de Brent est projeté en moyenne à 86 dollars pour 2026, contre 69 dollars l’année précédente.
Perturbations dans le détroit d’Ormuz et impact sur les flux
Les perturbations du transport maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz — qui concentre près de 35 % du commerce mondial de brut par navire — ont été identifiées comme le principal vecteur du choc d’offre. Les projections présentées supposent que les perturbations les plus aiguës prendront fin au printemps et que le passage par le détroit retrouvera progressivement ses niveaux antérieurs d’ici la fin de 2026. Si ces hypothèses ne se vérifient pas, le déséquilibre offre‑demande pourrait se prolonger et accentuer la volatilité des prix.
Conséquences sur l’inflation et la croissance des économies en développement
La hausse des prix des produits de base devrait se traduire par une inflation plus élevée et un ralentissement économique. Dans le scénario de référence, l’inflation moyenne des économies en développement est désormais estimée à 5,1 % en 2026, contre 4,7 % l’année précédente — soit une hausse d’un point de pourcentage par rapport aux anticipations antérieures. Parallèlement, la croissance de ces économies est révisée à la baisse à 3,6 % pour 2026, une réduction de 0,4 point de pourcentage par rapport aux prévisions de début d’année. Les recettes d’exportation des pays du Moyen‑Orient sont particulièrement affectées par les restrictions sur la production et l’acheminement du pétrole.
Risque accru d’insécurité alimentaire
Le rapport met en garde contre un renchérissement des denrées et des intrants agricoles (notamment les engrais), susceptible de pousser jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë si le conflit devait se prolonger. Les ménages des pays les plus pauvres, qui consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation et au carburant, seront les plus durement touchés par la double hausse des prix alimentaires et énergétiques.
Tensions sur les métaux et la demande technologique
Les prix des métaux de base — aluminium, cuivre, étain — sont attendus à des niveaux records, portés par la demande liée aux centres de données, aux véhicules électriques et aux énergies renouvelables. Les métaux précieux affichent également une forte hausse et une volatilité accrue : une progression moyenne des prix de l’ordre de 42 % est anticipée en 2026, traduisant une recherche de valeur refuge face à l’incertitude géopolitique.
Mesures recommandées pour protéger les ménages vulnérables
Face à ce contexte, les auteurs du rapport déconseillent des mesures de soutien larges et non ciblées qui risqueraient d’éroder les marges budgétaires et de fausser les signaux de marché. Ils préconisent plutôt des dispositifs temporaires et ciblés pour protéger les ménages les plus vulnérables — transferts directs, aides alimentaires focalisées et mesures pour préserver l’accès aux intrants agricoles essentiels — afin d’atténuer les effets sociaux immédiats sans compromettre la résilience macroéconomique.
L’analyse souligne enfin que la succession d’ondes inflationnistes — énergie, alimentation, puis hausse des taux et coût de la dette — peut aggraver l’environnement économique mondial et freiner le développement. Les décideurs publics devront arbitrer entre stabilisation macroéconomique et protection sociale ciblée pour limiter l’impact sur les populations fragiles tout en préservant la viabilité financière des États. La trajectoire des prix et des approvisionnements au cours des prochains mois restera déterminante pour l’ampleur et la durée de ce choc.