Burkina Faso Traoré appelle à oublier la démocratie après la dissolution des partis
Traoré appelle à « oublier la démocratie » et consolide le pouvoir au Burkina Faso
Ibrahim Traoré déclare que la démocratie n’est “pas pour nous”, trois mois après la suppression des partis, intensifiant la répression politique et la crise sécuritaire.
Le chef de la junte burkinabè, Ibrahim Traoré, a déclaré que la population devait « oublier » la démocratie, marquant un tournant clair dans la trajectoire politique du pays. Ses propos interviennent peu après la décision de son gouvernement de dissoudre plus de cent partis politiques et s’inscrivent dans une série de mesures qui ont suspendu le Parlement, dissous la commission électorale et réduit les espaces d’expression publique. Cette volte-face remet en question les promesses initiales de retour à un processus électoral et accentue les craintes d’un régime militaire durable face à une insécurité croissante.
Déclaration ferme rejetant la démocratie
Lors d’une intervention télévisée, Traoré a affirmé que « les gens doivent oublier la question de la démocratie » et a ajouté que « la démocratie tue », citant la Libye comme exemple des risques, selon ses propres termes. Ces déclarations constituent le point d’orgue d’une rhétorique qui met en avant la nécessité d’un ordre politique différent, justifié par la lutte contre les groupes armés et par une critique affichée des tentatives d’installation de la démocratie dans certains pays voisins.
Suppression des partis et institutions républicaines
En janvier 2026, le gouvernement a procédé à la suppression de plus de cent partis politiques et à la saisie de leurs avoirs, une mesure qui a liquidé une part importante de l’opposition organisée. Déjà en juillet 2025, la Commission électorale nationale indépendante avait été dissoute, le gouvernement invoquant son coût. Depuis la prise de pouvoir par Traoré en septembre 2022, le Parlement et l’essentiel de l’activité politique institutionnelle sont suspendus, privant le pays de mécanismes constitutionnels essentiels au contrôle et à la représentation.
Pressions sur médias, avocats et opposants
Des journalistes, dirigeants politiques et magistrats critiques ont été la cible d’intimidations et, pour certains, contraints à servir au front contre les groupes armés, avant d’être parfois relâchés. Ces pratiques ont réduit l’espace médiatique et judiciaire et renforcé la domination du pouvoir militaire. La mise au pas des voix dissidentes et la neutralisation des institutions indépendantes contribuent à une atmosphère de peur et d’autocensure dans les villes comme dans les zones rurales encore sous forte pression sécuritaire.
Coordination régionale et choix stratégiques
Le Burkina Faso s’est rapproché de gouvernements militaires voisins qui ont adopté des mesures comparables. Les transitions autoritaires au Niger et au Mali ont conduit au retrait de ces pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à la création, en janvier 2026, d’une alliance régionale distincte. Ces États ont également renforcé leurs liens avec des groupes paramilitaires russes, après le départ progressif des forces françaises déployées dans la région du Sahel. Ce réalignement stratégique a des répercussions directes sur les options sécuritaires et diplomatiques disponibles pour Ouagadougou.
Bilan humain et explosion de la violence
La violence armée a continué de s’intensifier. Le nombre de morts recensés a triplé depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir, atteignant 17 775 morts en mai 2025 pour la période indiquée, contre 6 630 pour les trois années précédentes. La majorité des victimes sont des civils, tués par des affrontements impliquant à la fois des groupes armés, des forces gouvernementales et des milices alliées. Les déplacements de population restent massifs, et des centaines de milliers de personnes sont privées d’accès à des services de base.
L’annonce de Traoré et les mesures décidées par son gouvernement posent une question cruciale pour l’avenir du Burkina Faso : la priorité affichée à la sécurité justifie-t-elle l’érosion durable des processus démocratiques et des libertés publiques ? Les nouveaux choix stratégiques de la junte, leur impact sur la population civile et la pérennité de l’instabilité dans le Sahel demeurent au centre des inquiétudes nationales et régionales.