Carburant au Maroc : le Conseil de la Concurrence pointe hausses inégales et distributeurs
Hausse des carburants au Maroc : écart entre cours internationaux et prix à la pompe met en lumière tensions et pratiques commerciales
Tensions au Moyen-Orient provoquent des pics pétroliers: le Maroc constate des écarts entre prix CIF (1–16 mars 2026) et prix à la pompe et appels à régulation
Le Conseil de la Concurrence a tenu des auditions le 1er avril 2026 pour analyser l’impact des variations des cours internationaux du 1er au 16 mars 2026 sur les prix à la pompe au Maroc. Le rapport provisoire met en évidence des hausses significatives des prix internationaux et une répercussion partielle sur le marché domestique, avec des différences notables entre diesel et essence, ainsi que des pratiques divergentes entre opérateurs. Parallèlement, la Fédération nationale des propriétaires et gérants de stations-service a dénoncé des réductions de livraisons et des refus d’acheminement le 15 mars, provoquant files, fermetures et tensions auprès des consommateurs.
Bilan des hausses internationales (1–16 mars 2026)
Sur la période étudiée, les prix CIF (coût, assurance, fret) des produits raffinés ont fortement augmenté sous l’effet de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le diesel affiche une hausse internationale de +2,92 dirhams par litre, tandis que l’essence progresse de +1,26 dirhams par litre. Ces mouvements de marché ont créé un choc d’offre pour les importateurs marocains, qui restent dépendants des fluctuations internationales pour l’approvisionnement en carburants.
Différences entre prix CIF et prix à la pompe
L’analyse des écarts révèle une transmission inégale vers les consommateurs. Pour le diesel, l’augmentation observée à l’international de +2,92 MAD/L s’est traduite par une hausse à la pompe de +2,03 MAD/L, soit un effet de passe‑through négatif de -0,89 MAD/L et un taux de répercussion estimé à 69,5%. Pour l’essence, la hausse internationale de +1,26 MAD/L a été suivie d’une augmentation à la pompe de +1,43 MAD/L, générant un écart positif de +0,17 MAD/L. Ces chiffres indiquent que la répercussion des variations de prix n’est ni complète ni uniforme entre produits, avec parfois des hausses au détail supérieures au mouvement international pour l’essence.
Variations des prix de transfert entre distributeurs
Les données fournies par les opérateurs montrent une hétérogénéité des prix de transfert appliqués aux gérants de stations-service. Les écarts atteignent près de 0,20 MAD/L pour le diesel, soit presque 10% de la hausse moyenne constatée pour ce produit. Cette différenciation en amont signifie que, selon la chaîne logistique et la politique commerciale de chaque distributeur, le coût d’achat des stations peut varier sensiblement, impactant leurs marges et leurs capacités à répercuter ou amortir les hausses.
Désynchronisation des révisions tarifaires sur le réseau
Le rapport souligne que les révisions de prix ne sont pas strictement synchronisées d’une station à l’autre. Si la moyenne des augmentations à la pompe depuis le 16 mars s’établit aux alentours de +2 MAD/L pour le diesel et près de +1,4 MAD/L pour l’essence, les ajustements locaux reflètent davantage la dynamique concurrentielle immédiate : les stations alignent souvent leurs prix sur ceux pratiqués dans leur voisinage. Cette reactivité micro‑géographique entraîne des disparités tarifaires à l’échelle nationale et des flux de clientèle d’une station à une autre.
Accusations des exploitants et demande d’intervention publique
La Fédération représentant les propriétaires et gérants de stations-service a fait état d’incidents le 15 mars, affirmant que certains distributeurs avaient réduit les volumes livrés ou refusé des demandes d’approvisionnement, invoquant des stocks insuffisants. Ces comportements auraient provoqué des files d’attente, des ruptures temporaires et la fermeture de certaines stations, plaçant les gérants en première ligne face à la colère des usagers. La fédération a dénoncé des pratiques qu’elle qualifie d’opportunistes et d’hégémoniques, et a demandé l’intervention des autorités pour protéger les exploitants et garantir la régularité des approvisionnements.
Suivi mensuel et perspectives de régulation
Le Conseil de la Concurrence prévoit d’intégrer cette note d’analyse à son suivi mensuel du marché, qui couvrira les cotations internationales, les coûts d’achat, les prix de vente et les marges brutes. L’objectif annoncé est d’identifier les modes de transmission des prix, les éventuels comportements anticoncurrentiels et les leviers d’intervention pour assurer une meilleure transparence et une protection des acteurs vulnérables. La situation met en lumière la vulnérabilité d’un pays importateur face aux chocs externes et souligne la nécessité d’un cadre de surveillance renforcé pour limiter les effets de spéculation ou de concentration sur la chaîne d’approvisionnement.
Les prochains rapports de suivi devraient préciser si les différences de passe‑through résultent de contraintes logistiques temporaires, d’arbitrages commerciaux ou de pratiques tarifaires ciblées, et s’il y a lieu d’engager des mesures correctrices pour assurer l’équité du marché et la continuité d’approvisionnement.