Chef d’état‑major éthiopien accuse l’Érythrée de financer des groupes armés au Tigré
Crise en Éthiopie : l’armée accuse l’Érythrée et les combats s’étendent au‑delà du Tigré
L’armée éthiopienne accuse l’Érythrée de soutenir des groupes armés tandis que les affrontements se propagent du Tigré vers l’Afar et l’Amhara, ravivant la crainte d’une guerre civile.
L’armée fédérale éthiopienne a affirmé gérer avec retenue une montée des tensions qui inquiète quant au risque d’une nouvelle guerre civile. Le chef d’état‑major, le maréchal Berhanu Jula, a déclaré que les forces répondaient aux provocations avec « sagesse et retenue » tout en dénonçant un soutien étranger visant, selon lui, à affaiblir l’État. Les récents développements font craindre une recomposition militaire et politique sur plusieurs fronts internes.
Accusations formelles contre l’Érythrée
Le chef d’état‑major a accusé l’Érythrée de financer et de soutenir des groupes armés entrés en alliance pour déstabiliser l’Éthiopie. Il a décrit l’alliance formée par ces groupes comme une extension d’anciens schémas d’alliances hostiles, affirmant que ces formations ne pourraient affronter l’État sans appuis extérieurs. L’Érythrée a rejeté ces accusations, invoquant des craintes de sécurité propres à son voisinage régional.
Élargissement des combats au‑delà du Tigré
Les combats, initialement concentrés dans la région du Tigré, se sont étendus à l’Afar et à l’Amhara après l’annonce d’une coalition de sept groupes armés baptisée « Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie », qui a dit viser le renversement du gouvernement. Les affrontements les plus récents en Afar ont eu lieu autour d’Abala, où l’armée fédérale cherche à empêcher les rebelles de s’implanter. Des combats ont aussi été signalés à Sama, Soqota et Raya Alamata, alors que les forces gouvernementales semblent se rapprocher d’Alamata.
Bilan des combats et allégations de pertes
Le commandement fédéral a fait état d’une contre‑offensive meurtrière dans le Nord Wollo, région de l’Amhara adjacente au Tigré, annonçant la neutralisation de plusieurs centaines de combattants tigréens et des dizaines de blessés. Le TPLF (Front populaire de libération du Tigré) a pour sa part dénoncé une « offensive à grande échelle » mobilisant infanterie, unités mécanisées et drones, et des responsables tigréens ont qualifié la situation de « guerre totale ». Les chiffres de pertes annoncés n’ont pas fait l’objet de vérification indépendante et pourraient être contestés par les parties.
Accès à l’information et préoccupations sur les civils
Des coupures d’accès à Internet ont été signalées dans le nord du pays, compliquant l’évaluation précise de la situation sur le terrain. Parallèlement, des informations faisant état d’usage de drones contre des zones peuplées ont suscité l’alarme au niveau international, renforçant les craintes pour la protection des civils. Les perturbations des communications et les déplacements de population risquent d’aggraver une crise humanitaire déjà fragile.
Fragilisation de l’accord de Pretoria de 2022
La reprise des hostilités met à l’épreuve l’accord de Pretoria, conclu en 2022 pour mettre fin à la guerre du Tigré. Cet accord, qui avait instauré des mesures de cessez‑le‑feu et des dispositions politiques, laisse des différends non résolus sur des questions territoriales, sécuritaires et administratives. Des observateurs et acteurs politiques estiment que certaines dispositions n’ont pas été appliquées, notamment sur les restrictions imposées au Tigré et la mise en place d’une administration intérimaire, ce qui a contribué à la détérioration du statu quo.
Risque de contagion régionale et réactions politiques
La crise actuelle est perçue comme le défi le plus sérieux à l’accord de paix et suscite la crainte d’une escalade régionale. Le président éthiopien a tenté de présenter le pays comme un acteur de stabilité régionale tout en dénonçant des interférences extérieures anonymes. À l’intérieur, des voix estiment que des politiques fédérales ont sapé les mécanismes de réconciliation et alimenté la dynamique du conflit. La levée récente de certaines sanctions internationales a mis en lumière un contexte diplomatique complexe, avec des décisions extérieures susceptibles d’influencer les calculs des protagonistes.
La situation reste volatile et sujette à des évolutions rapides. Les informations disponibles indiquent une contestation armée élargie et une rhétorique politique de plus en plus tranchée des deux côtés. L’impact sur les populations civiles, les communications et les institutions nationales demeure la principale préoccupation immédiate, tandis que les risques d’une confrontation prolongée et d’une instabilité régionale persistent.