Colombie coupes budgétaires menacent la JEP et les recherches sur les disparus
Budget 2027 : les coupes mettent la Juridiction spéciale pour la paix en péril et inquiètent les familles de disparus
Les coupes budgétaires annoncées pour 2027 menacent la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) en Colombie, risquant d’interrompre les enquêtes sur les disparitions dans le département du Huila et de priver les familles de réponses essentielles.
La Juridiction spéciale pour la paix, créée après l’accord de 2016, fait face à des réductions budgétaires considérables qui réduiraient ses capacités opérationnelles. Pour les proches des victimes du conflit armé de longue durée, ces annonces ravivent la crainte de ne jamais connaître le sort de milliers de personnes portées disparues. Le cas d’Angela Cordon, dont le père et l’oncle ont disparu en 2003, illustre l’enjeu humain : la JEP a permis d’obtenir des informations cruciales sur la captivité et le lieu d’exécution des deux hommes, des avancées qui pourraient être compromises par une baisse de moyens.
Disparitions dans le Huila en 2003
En janvier et février 2003, plusieurs agriculteurs et commerçants ont disparu dans le département du Huila, au sud-ouest de la Colombie. Parmi eux, Reynaldo Cordon Herrera, épicier disparu le 22 janvier, puis son frère Guillermo, parti enquêter sur son sort et qui n’a plus donné de nouvelles après avoir indiqué avoir contacté des combattants rebelles. Les corps n’ont jamais été retrouvés, et ces disparitions s’inscrivent dans un bilan humain lourd du conflit armé interne.
Mandat et acquis de la Juridiction spéciale pour la paix
La JEP a été instituée pour traiter les crimes commis pendant le conflit et offrir des réponses judiciaires et factuelles aux victimes. Son travail combine enquêtes, auditions et missions de terrain, y compris des efforts pour localiser des restes et documenter les détentions et exécutions. Pour de nombreuses familles, la juridiction a représenté la seule voie crédible vers la vérité et la réparation, en rassemblant témoignages et éléments matériels que la justice ordinaire ne parvenait pas toujours à produire.
Impact annoncé des réductions budgétaires
L’administration a proposé dans son budget 2027 des coupes évaluées à environ 181 milliards de pesos colombiens, soit près de 57 millions de dollars, pour la JEP. Ces réductions forceraient la juridiction à restreindre les missions sur le terrain, réduire le personnel affecté aux enquêtes et limiter la capacité à mener des recherches archéologiques et médico-légales. Les conséquences pratiques incluent moins de fouilles, moins d’analyses scientifiques et un ralentissement des procédures qui identifient les victimes et établissent les responsabilités.
Projet de loi pour la suppression de la JEP et transfert des compétences
Une commission sénatoriale a présenté un projet visant à dissoudre la JEP d’ici mars 2028 et à transférer ses fonctions au système judiciaire ordinaire. Un tel transfert soulève des questions sur la continuité des enquêtes spécialisées, la préservation des archives sensibles et la protection des mécanismes de justice transitionnelle conçus pour concilier vérité, justice et réparations. Les victimes craignent une dilution des responsabilités et une perte d’expertise dans le traitement des crimes liés au conflit.
Conséquences directes pour les recherches de dépouilles et les familles
Moins de ressources signifie des enquêtes moins fréquentes et moins approfondies sur les lieux potentiels de sépulture, affirment les proches des disparus. Les équipes pluridisciplinaires, composées d’enquêteurs, d’archéologues et d’experts médico-légaux, ont permis dans plusieurs dossiers d’identifier des restes et de restituer des éléments de vérité aux familles. La réduction de ces équipes compromet la possibilité de retrouver des corps, d’établir la chronologie des événements et d’apporter des réponses indispensables pour la mémoire et la réparation.
Réactions des victimes et implications politiques
Les familles estiment que la JEP offrait une clôture procédurale et symbolique que la justice pénale ordinaire n’avait pas su garantir. Des proches de disparus ont exprimé leur colère et leur peur face à la perspective d’un démantèlement partiel ou total de l’institution. Sur le plan politique, la proposition de diminution des moyens et le projet de loi de suppression soulignent un débat plus large sur la place de la justice transitionnelle dans la Colombie post‑accord et sur l’équilibre entre contraintes budgétaires et obligations de réparation.
La décision finale sur le budget et le sort de la JEP aura des conséquences directes sur la capacité de l’État à traiter les séquelles du conflit et à répondre aux demandes de vérité des familles. Sans ressources suffisantes, des enquêtes en cours pourraient être ralenties ou interrompues, laissant des dossiers clés non résolus et prolongeant l’angoisse des proches des disparus.