Comment l’argent des MRE permet d’économiser le pouvoir d’achat des familles marocaines
Les MRE restent le premier bailleur de fonds du Royaume. Selon les dernières statistiques de l’Office des Changes, les envois de fonds ont augmenté de 1,6% par rapport à l’année précédente. Si le pourcentage peut paraître modeste, le volume est colossal : le Maroc est passé d’environ 60 milliards de dirhams en 2019 à une prévision dépassant les 120 milliards pour l’ensemble de 2025.
Pour l’économiste Mohamed Jadri, cité par Hespressil ne s’agit pas d’un phénomène passager lié au Covid-19, mais d’une tendance structurelle majeure. Le lien entre les Marocains du monde et leur patrie s’est renforcé, devenant le véritable « pétrole » financier du pays.
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La première fonction de ces milliards est sociale. Entre 65% et 70% des transferts atterrissent directement dans les poches des ménages marocains. Cet argent sert à payer les factures, la nourriture, la santé ou l’éducation des proches restés dans le pays. Dans un contexte de coût de la vie élevé, ces transports agissent comme un amortisseur social essentiel, garantissant la paix sociale et soutenant la consommation intérieure.
Au niveau macroéconomique, ces monnaies sont une bénédiction pour l’État. Ils permettent de reconstituer les réserves de change de la Banque centrale (Bank Al-Maghrib). C’est grâce à cet argent (et aux revenus touristiques) que le Maroc peut payer ses importations de plus en plus coûteuses (énergie, céréales) et rembourser sa dette extérieure. L’économiste Youssef Karoui El Filali nuance toutefois ce tableau : si les transferts de MRE offrent une marge de sécurité, ils masquent un déficit commercial chronique. Les importations (+9 %) augmentent plus vite que les exportations. Le Maroc reste dépendant de l’extérieur pour son alimentation et son industrie, un déficit que l’argent de la diaspora ne peut combler indéfiniment.
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L’investissement est le point noir soulevé par les experts. Même si la solidarité familiale est exemplaire, la contribution économique directe reste faible.
• Seuls 10% des transferts sont orientés vers l’investissement.
• Pire encore, à peine 1% concernent des investissements à forte valeur ajoutée (industrie, start-up, technologies).
La grande majorité des capitaux investis par les MRE sont encore orientés vers l’immobilier (immobilier) ou les petites entreprises (cafés, restaurants). Pour Mohamed Jedri, c’est une occasion manquée. L’enjeu des années à venir sera de transformer ces économies en projets créateurs d’emplois durables, au-delà de la simple construction d’une maison de vacances ou du soutien familial.