Espaces sûrs à Deir el‑Balah offrent soutien psychologique aux femmes déplacées de Gaza
Gaza : des espaces sûrs aident des milliers de femmes déplacées à faire face au deuil et aux responsabilités
À Deir el-Balah, des espaces sûrs offrent soutien psychologique et aide pratique à des milliers de femmes déplacées et veuves, pour les aider à tenir.
Chaque matin vers 9 heures, après avoir assuré les besoins de ses cinq enfants, Ola Saleh quitte la tente qui abrite sa famille dans le camp d’al‑Amal et rejoint, à quelques minutes de là, une autre tente transformée en lieu d’accueil pour femmes. Là, pendant quelques heures, elle trouve une pause face au deuil, aux déplacements répétés et aux difficultés matérielles. Ce programme, initié au sein de l’école al‑Farah et géré par Collective Development Projects, propose des séances quotidiennes de soutien psychologique, d’échanges en groupe et de conseils pratiques pour affronter les conséquences de la guerre et de l’exil.
Une routine quotidienne pour échapper au deuil
Ola, 39 ans, raconte la mort d’Abdul Jalil Saleh, 43 ans, tué en août alors qu’il se rendait acheter de la nourriture pour la famille. Sa douleur reste vive, mais les rencontres dans cet espace lui apportent un répit quotidien. Elles lui permettent d’être entendue sans devoir tout expliquer, d’écouter des psychologues et d’entendre d’autres femmes partager des pertes similaires. Elle décrit ces séances comme des moments qui, sans effacer sa souffrance, lui donnent une énergie nouvelle et un sentiment d’existence reconnu.
Des espaces sécurisés animés par une ONG locale
L’initiative se déroule dans des tentes aménagées et dans des locaux scolaires adaptés, avec un encadrement visant à garantir la sécurité et la confidentialité des participantes. Selon Alaa Daoud, coordinatrice de terrain, l’objectif est d’offrir un environnement où les femmes peuvent s’exprimer librement, recevoir un accompagnement psychologique et acquérir des outils pratiques pour gérer la vie quotidienne. Les sessions abordent non seulement le traumatisme mais aussi des thématiques concrètes comme la gestion du stress, la prise en charge des enfants et l’organisation des approvisionnements dans des conditions précaires.
Un besoin massif : 16 000 veuves depuis octobre 2023
Le programme intervient dans un contexte où une part importante de la population féminine assume désormais la tête de foyer. D’après les chiffres mentionnés par des acteurs humanitaires locaux, environ 16 000 femmes à Gaza ont perdu leur mari depuis le début des hostilités en octobre 2023, ce qui entraîne une hausse significative du nombre de familles dirigées par des femmes. Pour nombre d’entre elles, le temps et l’espace pour le deuil sont limités : vivant dans des tentes sans électricité ni ventilation, elles doivent chercher chaque jour de l’eau, de la nourriture et des biens essentiels.
Témoignages et solidarité intergénérationnelle
La dynamique du groupe mêle jeunes mères et femmes âgées. À 63 ans, Suad al‑Gharabali est l’une des participantes les plus âgées ; elle a perdu deux fils dans des attaques précédentes et a été elle‑même déplacée après la destruction de son domicile. Plutôt que de se replier, elle s’investit dans l’écoute et le conseil, partageant des savoirs pratiques acquis au fil des décennies sur l’éducation des enfants et la gestion du foyer. Ce partage intergénérationnel est présenté par les participantes comme une ressource précieuse : l’expérience des aînées complète le besoin de soutien psychologique des jeunes femmes.
Participation en hausse et services complémentaires
Les organisatrices notent une augmentation rapide de la fréquentation depuis le lancement des sessions : la première journée a réuni une soixantaine de femmes, puis 65 et ensuite régulièrement entre 70 et 75 participantes. Outre les groupes de parole, les séances incluent des ateliers d’information sur la santé mentale, des conseils pour faire face à la pression familiale et des recommandations pratiques pour s’occuper des enfants déplacés. Les femmes décrivent ces moments comme une bouffée d’espoir temporaire et comme un lieu où leurs efforts et leurs souffrances sont reconnus.
Les défis restent cependant importants : l’absence de ressources stables, la multiplication des responsabilités domestiques et la précarité des conditions de vie rendent la reconstruction quotidienne extrêmement difficile. Les organisatrices envisagent d’étendre le dispositif à d’autres camps et sites de déplacement afin de toucher un plus grand nombre de femmes. Pour beaucoup, ces espaces sûrs ne sont pas une solution miracle mais une aide concrète qui permet de continuer à faire face, jour après jour, à la réalité du déplacement et du manque, tout en retrouvant un peu de soutien collectif et de dignité.