Éthiopie : Abiy Ahmed garde le pouvoir, analystes craignent une reprise des conflits
Éthiopie : Abiy Ahmed conserve le pouvoir après la victoire du Parti de la prospérité
Le Parti de la prospérité remporte la majorité en Éthiopie; Abiy Ahmed reste Premier ministre. Des experts mettent en garde contre une reprise des violences.
Le Parti de la prospérité a obtenu une majorité nette lors des élections tenues en juin 2026, assurant au Premier ministre Abiy Ahmed la continuité à la tête du gouvernement. Le scrutin, dominé par la campagne axée sur les performances économiques et l’amélioration de la sécurité alimentaire, confirme la position du lauréat du prix Nobel de la paix comme dirigeant central de l’Éthiopie pour le mandat à venir. Des analystes locaux et internationaux avertissent toutefois que la stabilité politique reste fragile, avec un risque réel de résurgence des violences dans plusieurs régions.
Résultats électoraux et majorité parlementaire
Le Parti de la prospérité a réalisé une victoire confortable, remportant la majorité des sièges parlementaires disponibles. Cette performance confirme la domination électorale du parti créé après les mouvements populaires qui avaient conduit au départ de la coalition EPRDF et à la nomination d’Abiy à la tête du gouvernement en 2018. Les observateurs notent que, comme lors du cycle précédent, l’opposition est restée fragmentée, ce qui a facilité la consolidation des voix en faveur du parti au pouvoir.
Programme économique et promesses sur la sécurité alimentaire
La campagne du Parti de la prospérité s’est articulée autour d’un bilan économique vanté par le gouvernement : croissance soutenue, investissements dans les infrastructures et mesures visant à réduire l’insécurité alimentaire. Le cabinet d’Abiy a annoncé des prévisions de croissance supérieures à 10 % pour 2026, un objectif ambitieux qui vise à placer l’Éthiopie parmi les économies à la plus forte expansion en Afrique. Les électeurs urbains et ruraux ont été ciblés par des promesses de meilleures récoltes, de subventions agricoles et d’une distribution alimentaire renforcée dans les zones vulnérables.
Accusations contre le gouvernement et restrictions des libertés
Malgré les réformes initiales saluées durant les premières années du mandat d’Abiy — libérations de prisonniers politiques et levée de certaines interdictions de partis — des voix critiques dénoncent une dégradation des libertés civiles ces derniers mois. Des arrestations de journalistes, des fermetures d’organisations de la société civile et des contraintes imposées aux médias indépendants ont été signalées, remettant en question le retour durable aux normes démocratiques. Les défenseurs des droits humains affirment que ces mesures sapent les garanties nécessaires à des élections pleinement libres et équitables.
Tensions persistantes dans Oromia et Amhara et rôle de Fano
Les troubles ethniques et les violences armées restent des sources majeures d’instabilité. Dans la région d’Oromia, des affrontements sporadiques continuent d’éclater entre groupes armés et forces de sécurité, tandis qu’en Amhara, la milice connue sous le nom de Fano contrôle depuis 2023 des portions significatives du territoire rural. Ces forces non étatiques exercent une influence considérable sur la sécurité locale et compliquent la mise en œuvre d’une gouvernance centrale uniforme, augmentant le risque de nouveaux conflits désordonnés malgré la victoire électorale du pouvoir central.
Situation du Tigré : absence de vote et réaffirmation du contrôle régional
Les élections n’ont pas eu lieu dans la région du Tigré, officiellement en raison de « conditions défavorables » avancées par le conseil électoral. En mai 2026, le principal parti tigréen a réaffirmé son autorité sur l’administration régionale, en contradiction avec certains éléments de l’accord de paix signé en 2022 qui avait officiellement mis fin aux hostilités de 2020–2022. Cette réaffirmation et l’absence de scrutin local soulèvent des inquiétudes quant au respect des termes de l’accord et au potentiel d’escalade dans le nord du pays.
Perspectives économiques et défis pour la stabilité nationale
Le gouvernement met en avant des projections économiques optimistes, mais la réalisation de ces objectifs dépendra de la capacité à restaurer la sécurité dans les régions touchées, à rassurer les investisseurs et à préserver l’espace civique. La coexistence d’une forte croissance attendue et d’un climat politique tendu crée un paradoxe : des indicateurs macroéconomiques favorables peuvent masquer des fragilités structurelles, notamment l’insécurité alimentaire persistante et la détérioration des droits civiques. Les prochains mois seront cruciaux pour la mise en œuvre des réformes annoncées et pour l’engagement du pouvoir central avec les autorités régionales et les groupes armés.
La victoire électorale du Parti de la prospérité assure à Abiy Ahmed un nouveau mandat, mais elle n’efface pas les défis profonds auxquels l’Éthiopie est confrontée : réconciliation régionale, protection des libertés publiques et traduction des promesses économiques en améliorations tangibles pour des millions de citoyens.