Fête des Mères à Gaza endeuillée, mères pleurent leurs enfants tués dans la guerre
Gaza : Fête des Mères frappée par le deuil, les familles déplacées et l’effondrement des services
À Gaza, la Fête des Mères, célébrée ailleurs par des fleurs et des cadeaux, s’est transformée en une journée de deuil et de privations pour des milliers de familles. Dans les camps et les tentes, des mères pleurent des enfants tués dans le conflit qui a commencé en octobre 2023, tandis que des enfants affrontent la journée sans leur mère, entourés de vêtements, de photos et de souvenirs matériels.
Mères en deuil dans les camps
Assise dans une tente de la ville de Gaza, Em Rami Dawwas conserve sous son oreiller les photos de ses fils et des cartons remplis de leurs vêtements. Elle raconte avoir perdu trois fils lors des attaques ; deux des corps restent retenus par les autorités. « Mes fils me manquent le jour de la fête des mères. Ils m’apportaient des cadeaux, des fleurs, des bonbons », dit-elle, décrivant la journée qui, autrefois, était synonyme de joie familiale. Pour beaucoup de femmes dans les camps, la célébration a cédé la place à la solitude et au souvenir.
Cimetières et tentatives de proximité
Pour celles qui ont perdu des proches, les cimetières deviennent le seul lieu où l’on peut se sentir proche des défunts. Plusieurs mères ont passé la journée assises près des tombes, évoquant le rituel quotidien de visiter les sépultures lorsqu’elles en ont l’occasion. Dans des espaces marqués par les ruines et les remises en état, l’accès aux sépultures est souvent rendu difficile par les déplacements massifs et les contraintes sécuritaires.
Témoignages d’enfants privés d’une mère
Parmi les cas rapportés, Maram Ahmed, 14 ans, a vécu sa deuxième fête des mères sans sa mère, tuée dans une attaque qui a emporté l’ensemble de sa famille. « Le jour de la fête des mères, même si je n’avais pas d’argent, j’achetais un petit cadeau avec mon argent de poche. Je voulais juste la rendre heureuse », confie la jeune fille, assise dans une tente dépouillée. Elle explique ressentir une grande tristesse en voyant d’autres enfants avec leur mère, une douleur qu’elle garde pour elle.
Chiffres alarmants sur les victimes
Des estimations publiées en octobre dernier indiquent que des dizaines de milliers d’enfants ont été tués ou blessés depuis le début du conflit. Des bilans récents font également état de pertes humaines très importantes depuis l’ouverture des hostilités en octobre 2023, et de centaines de décès supplémentaires depuis un cessez‑le‑feu intervenu en octobre 2025. Ces chiffres traduisent l’ampleur des pertes familiales et l’impact profond sur la démographie civile de la région.
Effondrement des services de santé et impacts sur les femmes
Le conflit a provoqué la rupture des services de santé reproductive, maternelle et néonatale, ainsi que l’interruption des traitements pour les maladies chroniques. Les conditions de vie précaires, la surpopulation des camps et l’accès réduit à l’eau, à l’assainissement et aux soins augmentent l’exposition aux maladies et aggravent les risques pour les femmes enceintes et les nouveau‑nés. Des signalements évoquent aussi de graves conséquences psychologiques pour les femmes et les filles, liées aux violences, aux déplacements et à la perte des soutiens familiaux.
Déplacements massifs et vulnérabilité accrue
Les déplacements forcés ont fragmenté les réseaux familiaux et communautaires. De nombreuses familles vivent désormais dans des tentes ou des abris temporaires sans dignité ni sécurité suffisantes. Les mères se retrouvent à assumer seules la charge de survie des enfants, souvent avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et aux soins. Ces conditions accroissent la précarité et exposent particulièrement les enfants aux risques de malnutrition, de maladies et de traumatismes durables.
Les récits personnels et les chiffres dessinent une image d’une population profondément marquée par la perte et la privation. La Fête des Mères, qui rappelle habituellement l’affection et le lien familial, met en lumière ici l’ampleur des conséquences humaines du conflit : des enfants privés de leurs mères, des mères privées de leurs enfants, et des familles entières contraints de reconstruire leur quotidien au milieu d’un environnement humanitaire dégradé.