HRW accuse l’armée du Burkina Faso de nettoyage ethnique et crimes de guerre
Burkina Faso : un rapport accuse l’armée de crimes de guerre et de nettoyage ethnique contre les Peuls
Rapport accablant : plus de 1 800 civils tués au Burkina Faso entre janvier 2023 et août 2025, allégations de crimes de guerre et appels à enquêtes internationales.
Une enquête indépendante publiée en août 2025 dresse un tableau accablant des violences au Burkina Faso : plus de 1 800 civils auraient été tués depuis janvier 2023, une large part des décès étant imputée aux forces armées et à des milices alliées. Le document, fondé sur des centaines de témoignages, des images satellite et des preuves audiovisuelles, conclut que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis, et que des opérations ciblées ont visé le groupe ethnique peul, entraînant des déplacements forcés massifs.
Chiffres clés et portée des violences
Le rapport recense 1 837 civils tués entre le 1er janvier 2023 et le 31 août 2025, et attribue plus de 1 200 de ces décès à des actions des forces gouvernementales et de milices pro-gouvernementales. Les autorités estiment, selon des bilans internationaux, que le conflit a provoqué au moins deux millions de déplacements internes et transfrontaliers depuis le début des hostilités. Les enquêtes menées ont vérifié 57 incidents précis impliquant l’armée, des milices locales dites Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et des groupes armés islamistes affiliés au Sahel.
Méthodologie et preuves rassemblées
Les enquêteurs ont mené plus de 450 entretiens en personne et à distance avec des survivants, des proches de victimes et des témoins situés au Burkina Faso et dans les pays voisins. Ils ont complété ces témoignages par des analyses d’images satellite, des séquences vidéo et des documents officiels pour corroborer les récits et établir des schémas d’attaque et de déplacement forcé. La combinaison de ces sources a permis d’identifier des modèles récurrents : exécutions sommaires, regroupements de corps, pillages et destruction de villages.
Accusations de nettoyage ethnique contre les Peuls
L’étude conclut que des opérations militaires et l’action coordonnée de milices ont ciblé de manière disproportionnée des communautés peules, accusées, souvent sans preuves, de soutenir des groupes armés. Les enquêteurs décrivent des pratiques destinées à terroriser et à expulser des populations : menaces, arrestations arbitraires, exécutions et incendie de biens. Selon le rapport, ces pratiques relèvent d’un nettoyage ethnique dans la mesure où elles visent à modifier la composition démographique de zones rurales entières.
Incidents emblématiques et témoignages
Parmi les épisodes les plus meurtriers analysés figure l’attaque de décembre 2023 près de Djibo, dans le nord, où plus de 400 civils auraient été tués dans une série d’attaques contre une quinzaine de villages. D’autres incidents documentés incluent la tuerie d’août 2024 à Barsalogho, qui a fait au moins 133 morts, ainsi que des massacres ponctuels perpétrés en novembre 2023 dans l’ouest du pays. Des témoins décrivent des scènes d’exécutions sommaires, des corps retrouvés les mains liées ou criblés de balles, et des villages incendiés, entraînant des pertes humaines et des traumatismes collectifs profonds.
Responsabilités de commandement et demandes d’enquête
Le rapport identifie plusieurs hauts responsables militaires et certains commandants de groupes armés comme susceptibles d’être tenus pénalement responsables, au titre de la responsabilité de commandement. Il appelle à des enquêtes indépendantes et impartiales pour établir les responsabilités individuelles et recommander des poursuites. Le document souligne l’impunité persistante et la nécessité d’un mécanisme de reddition de comptes pour prévenir la répétition des violations.
Conséquences humanitaires et perspectives
La campagne de violence a généré une crise humanitaire prolongée : larges déplacements internes, insécurité alimentaire, accès limité aux services de base et traumatismes psychologiques massifs. Les communautés déplacées font face à des conditions précaires dans les régions d’accueil, tandis que l’insécurité entrave l’acheminement durable de l’aide. Les auteurs du rapport avertissent que sans mesures urgentes de protection et sans enquêtes crédibles, la violence pourrait s’enraciner davantage et alimenter de nouvelles cycles de vengeance.
La publication de ce rapport relance les appels pour une réponse internationale renforcée et des enquêtes judiciaires visant à garantir la responsabilité des auteurs et à protéger les populations civiles. Les victimes et les déplacés attendent des mesures concrètes de protection, de réparation et de prévention afin d’éviter que ces épisodes d’atrocité ne se répètent.