Intensification des combats au Kordofan au Soudan, frappes de drones et déplacements massifs
Violence accrue dans le Kordofan : frappes de drones, déplacements massifs et bilan humain en 2026
Depuis fin 2025, le Kordofan est devenu un épicentre du conflit soudanais : frappes de drones, 2 878 attaques enregistrées et millions de déplacés en 2026.
Le Kordofan s’est imposé ces derniers mois comme l’un des principaux théâtres des combats dans la guerre opposant les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (RSF). Depuis la fin de 2025 l’intensité des affrontements s’est renforcée, les raids aériens et les frappes de drones se multipliant et affectant lourdement les populations civiles et les infrastructures essentielles.
Intensification des combats depuis fin 2025
Depuis la fin de 2025, la dynamique sur le terrain a changé : des opérations terrestres et aériennes plus soutenues ont transformé plusieurs localités en points de combat permanents. La chute d’El-Fasher en octobre 2025 a déplacé le centre des tensions vers le Kordofan, situé entre les zones de contrôle de l’armée et du groupe paramilitaire. Les progrès militaires d’un camp comme de l’autre ont conduit à des lignes de front fluctuantes et à des opérations de reprise de territoires, souvent au prix de pertes civiles significatives.
Multiplication des frappes aériennes et impact civil
Les frappes de drones sont devenues fréquentes dans le Nord-Kordofan et ont touché écoles, bâtiments administratifs et quartiers résidentiels. Le 9 septembre 2026, une attaque aérienne sur un établissement universitaire d’El-Obeid a détruit une partie du bâtiment et causé la mort d’un agent de sécurité, un signe clair de la vulnérabilité des infrastructures civiles. Les dégâts matériels et la paralysie des services publics aggravent les conditions de vie locales, réduisant l’accès à l’éducation, aux soins et à l’approvisionnement en eau.
Distribution géographique des attaques
Sur la période comprise entre le 15 avril 2023 et le 19 septembre 2026, 14 648 attaques ont été recensées à l’échelle nationale. Les zones les plus touchées sont la région de la capitale avec 5 719 attaques (39 %), le Nord Darfour avec 1 999 attaques (13,7 %), et l’État de Gezira avec 1 435 attaques (9,8 %). Pris collectivement, les trois États du Kordofan ont enregistré 2 876 attaques, soit environ 19,7 % du total national, faisant de la région un foyer majeur de violence en dehors de la capitale.
Points chauds à l’intérieur du Kordofan
La répartition des attaques au sein du Kordofan montre des concentrations marquées : le Nord-Kordofan a connu 1 205 attaques (44 % du total régional), le Sud-Kordofan 789 et le Kordofan occidental 723. Certaines localités constituent des épicentres locaux : Sheikan, dans le Nord-Kordofan, a enregistré 497 attaques (41 % des incidents de l’État), tandis que Dilling, dans le Sud-Kordofan, a comptabilisé 242 attaques (31 % des incidents de l’État). Dans l’Ouest, Babnusa, En Nuhud, Al Khiwai et Abu Zabad figurent parmi les localités les plus affectées.
Responsabilités et évolution des hostilités
Globalement, un peu plus de la moitié des attaques enregistrées sur la période ont été associées aux forces étatiques, tandis qu’un peu plus d’un tiers sont imputées au groupe paramilitaire, les autres incidents relevant d’acteurs divers. Dans le Kordofan, la proportion d’attaques attribuées à l’armée est légèrement plus élevée qu’à la force paramilitaire, mais des oscillations temporaires ont été observées : les responsabilités dans les offensives ont basculé à plusieurs moments depuis le début du conflit, notamment entre la première année et la mi‑2025.
Déplacements massifs et retours partiels
La guerre a provoqué des déplacements de populations à grande échelle. Les estimations font état d’environ 8,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, en recul depuis un pic de 11,6 millions début 2025 en raison de retours dans certaines zones reconquises. Les retours ont augmenté progressivement, atteignant environ 5,1 millions de retours enregistrés en août 2026, dont une part importante vers la région de la capitale. Toutefois, le Kordofan continue de connaître de nouveaux déplacements : les flux de personnes nouvellement déplacées dans la région ont fortement augmenté après l’escalade des combats en octobre 2025, passant de plus de 132 000 début 2026 à au moins 219 000 quelques mois plus tard.
Le bilan humain reste lourd. Les recensements locaux attribuent au Kordofan au moins 12 314 décès depuis avril 2023. Les déplacements, la perturbation des services et les inondations saisonnières complètent un tableau humanitaire déjà critique. Certaines villes, en particulier El-Obeid avec une population municipale approchant les 500 000 habitants et une communauté déplacée importante, sont confrontées à la menace d’une nouvelle offensive à grande échelle qui pourrait aggraver encore la situation humanitaire.
Les perspectives immédiates restent incertaines : tant que les lignes de front demeureront contestées et que les frappes aériennes continueront, la population civile restera exposée. Les trajectoires de retours et de déplacement dépendront des évolutions militaires et de l’accès humanitaire, deux éléments qui conditionnent la capacité des familles à reconstruire une vie normale après plus de trois ans de conflit.