Italie: conversations d’un policier mettent au jour violences avant le meurtre d’Abderrahim Mansouri
Milan : messages compromettants, un ex-policier mis en examen pour le meurtre d’un Marocain à Rogoredo
Un ancien policier de Milan mis en cause pour le meurtre d’un Marocain en janvier 2026; des messages violents et une audience préliminaire le 18 décembre 2026.
Le dossier judiciaire contre Carmelo Cinturrino, ancien agent du commissariat de Mecenate à Milan, s’est sensiblement enrichi de conversations privées qui dressent un portrait inquiétant de ses méthodes. Des échanges antérieurs à l’événement de janvier 2026, rendus publics le 4 novembre 2026, montrent un officier parlant sans réserve de violence contre des personnes d’origine marocaine. Six semaines après ces messages, le 26 janvier 2026, Cinturrino a tiré et tué Abderrahim Mansouri, 28 ans, lors d’une opération à Rogoredo. Les investigations concluent aujourd’hui à la mise en examen pour homicide volontaire avec circonstance aggravante liée à la fonction.
Les messages compromettants
Dans des conversations privées datées de plusieurs mois, l’ancien policier se vante de frapper des personnes interpellées et profère des propos raciaux explicites. En décembre 2025, un message signale : « Quand j’attrape des Marocains dans les bois, je les tabasse. » D’autres échanges, remontant à mai et septembre 2025, font état d’admissions de violences physiques lors d’interventions et d’une absence de pitié dans le traitement des personnes arrêtées. Ces échanges figurent désormais parmi les milliers de pages du dossier instruit par les autorités judiciaires.
Objets et blessures signalés avant le drame
Plusieurs communications montrent un intérêt pour des équipements contondants : en septembre 2025, Cinturrino se plaint d’une matraque cassée et, peu après, partage la photo d’un nouvel équipement en fer, vantant sa solidité. En décembre, il diffuse l’image de sa main meurtrie, qu’il attribue à une poursuite contre un Marocain. La veille du Nouvel An, il publie une photo le montrant avec un marteau, objet que certains témoins déclarent avoir vu utilisé lors de contrôles. L’ancien agent a expliqué que ce marteau servait à chercher de la drogue dans le sol, mais les témoignages et les échanges internes accentuent le soupçon d’usage excessif de la force.
Le déroulé de l’opération à Rogoredo
Le 26 janvier 2026, lors d’une opération antidrogue à Rogoredo, Cinturrino a tiré une balle qui a atteint Mansouri à la tête. L’agent a déclaré avoir agi par crainte, affirmant croire que la victime était armée. Les premières constatations ont toutefois établi que Mansouri était désarmé au moment du tir. Un pistolet factice a été retrouvé à proximité et fait l’objet de fortes interrogations quant à son apparition après les faits.
Constatations des enquêteurs
Les investigations ont déterminé que le défunt ne portait pas d’arme réelle au moment du tir. Par ailleurs, des éléments matériels et les échanges entre collègues laissent penser à un usage disproportionné de la force. Les conversations internes retrouvées dans le dossier sont considérées par les enquêteurs comme révélatrices d’une culture d’intervention problématique et d’un climat de tolérance à la violence au sein de certaines équipes.
Poursuites et calendrier judiciaire
Le parquet de Milan a officiellement demandé le renvoi de l’ancien policier devant la justice pour homicide volontaire, en tenant compte d’une circonstance aggravante liée à la violation des obligations professionnelles. L’audience préliminaire est programmée pour le 18 décembre 2026. Lors d’un interrogatoire mené le 6 octobre, l’ancien agent a nié vouloir tuer la victime, qualifiant l’événement de tragédie ; cette version devra être confrontée aux preuves matérielles et aux témoignages recueillis.
Enquête plus large sur les pratiques de certains policiers
Parallèlement, une enquête distincte cible les méthodes d’intervention et le comportement de plusieurs agents du même commissariat. Des accusations d’arrestations illégales, d’extorsions et de violences pèsent sur certains collègues, et les conversations mises au jour ont contribué à définir une pratique dénoncée par les enquêteurs comme la « méthode Cinturrino ». Les autorités examinent désormais si des dysfonctionnements institutionnels ont permis la répétition de ces comportements.
La révélation de ces échanges et le calendrier judiciaire à venir posent des questions sur la surveillance des pratiques policières et la formation aux procédures d’intervention. À mesure que l’instruction avance, la justice devra établir les responsabilités individuelles et institutionnelles, tandis que la société civile et les familles des victimes attendent des réponses et des garanties de réparation.