Le Maroc accélère la mise en œuvre du caractère officiel de l’Amazigh
Le Maroc renforce l’officialisation de l’amazigh : bilan des réalisations et chantiers à poursuivre
Le gouvernement accélère l’officialisation de l’amazigh : 73 conventions, 25 plans d’action, 4 000 panneaux en tifinagh, 592 véhicules signalés et 120 fonctionnaires formés, avec une plateforme d’enseignement en ligne.
La ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a dressé vendredi à Salé un bilan des mesures engagées pour traduire en actes le statut officiel de la langue amazighe. Lors d’une rencontre marquant la clôture d’une session de formation destinée aux fonctionnaires, la ministre a présenté les réalisations réalisées et les outils déployés pour renforcer l’usage de l’amazigh dans les services publics et l’espace public.
Bilan des actions gouvernementales
Les efforts coordonnés entre ministères et institutions constitutionnelles ont abouti à la signature de 73 conventions de partenariat pour la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh. Vingt‑cinq plans d’action sectoriels ont été élaborés afin d’organiser et d’évaluer la déclinaison opérationnelle de cette politique dans les administrations centrales et déconcentrées. Le ministère indique également la mobilisation de 491 agents d’accueil amazighophones chargés d’orienter les usagers dans les principales variantes de la langue (tarifit, tachelhit, tamazight).
Intégration dans les administrations et les services
Plusieurs administrations ont traduisiblement intégré l’amazigh dans leurs pratiques : déploiement d’agents formés pour l’accueil, traduction de rapports et documents d’information, et enrichissement des sites web institutionnels. Le ministère a effectué une étude visant à mesurer le niveau d’intégration de l’amazigh sur ces sites et à prioriser les interventions nécessaires pour améliorer l’accès à l’information dans les deux langues officielles du Royaume.
Signalétique et visibilité dans l’espace public
La visibilité de l’amazigh a été renforcée par l’inscription en caractères tifinagh sur près de 4 000 plaques et panneaux de signalisation et sur les façades d’environ 592 moyens de transport appartenant à des administrations publiques. Ces mesures visent à faciliter l’orientation des usagers et à affirmer la place de la langue dans l’identité visuelle des services publics, contribuant à normaliser son usage au quotidien.
Ressources linguistiques et formation
Un glossaire administratif regroupant 7 949 termes en amazigh a été élaboré pour harmoniser le vocabulaire utilisé dans les administrations. Parallèlement, le ministère a lancé, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, une plateforme d’enseignement à distance de la langue amazighe destinée aux élèves. La session de formation citée a concerné 120 fonctionnaires qui ont reçu un certificat à l’issue du programme, une étape visant à renforcer les compétences linguistiques des agents en contact direct avec le public.
Constatations sectorielles et interventions de l’IRCAM
Le recteur de l’Institut Royal de la culture amazighe (IRCAM), Ahmed Boukouss, a souligné les avancées notables dans plusieurs secteurs : justice, administration, médias, santé et enseignement. Il a rappelé l’importance d’intégrer des agents amazighophones dans les tribunaux et de renforcer la présence de l’amazigh dans les médias et les cursus scolaires et universitaires, tout en signalant des lacunes persistantes dans certains domaines.
Points à renforcer et priorités à court terme
Les intervenants ont identifié des chantiers prioritaires : développer l’interprétariat amazigh dans les hôpitaux, les centres de sûreté et les collectivités territoriales ; consolider la formation en enseignement préscolaire, secondaire et qualifiant ; et soutenir le développement de logiciels et d’outils d’intelligence artificielle capables de traiter les caractères tifinagh. Le renforcement des capacités d’interprétation et de traduction est présenté comme essentiel pour garantir l’accès effectif des usagers à leurs droits dans leur langue.
Au terme de la rencontre, les autorités ont rappelé la nécessité d’un suivi régulier des plans d’action et d’une coordination soutenue entre les administrations pour transformer les engagements en services accessibles. Les mesures annoncées traduisent une montée en charge opérationnelle de la politique d’officialisation, mais les responsables insistent sur l’importance d’un accompagnement technique, d’une formation continue et d’investissements dans les outils numériques pour pérenniser ces acquis.