À Meru, au Kenya, des coureurs seniors réinventent la course pour la santé
Au comté de Meru, des coureurs âgés défient l’âge et transforment leur santé
Meru (Kenya) : un groupe de Masters Athletics aide des seniors (60–100 ans) à rester actifs, à gagner des médailles et à réduire l’hypertension et l’isolement.
Dans le comté de Meru, au centre du Kenya, un groupe d’athlètes âgés réinvente la course à pied comme instrument de santé publique et de solidarité communautaire. Fondé localement en 2015, le chapitre Meru de Masters Athletics Kenya réunit aujourd’hui près de 80 membres âgés de 60 à 100 ans. Trois séances hebdomadaires, des trajets parfois longs pour se rendre aux entraînements et un financement entièrement personnel caractérisent ce collectif qui met l’activité physique au service de la prévention des maladies chroniques et du maintien de l’autonomie.
Un mouvement local lancé en 2015
Le chapitre Meru a été constitué en 2015 par un résident engagé qui a observé la dégradation physique et sociale de nombreux voisins vieillissants. L’objectif initial était simple : retrouver d’anciens coureurs et les encourager à reprendre une activité régulière afin d’inspirer les générations suivantes. Le groupe a structuré des séances trois fois par semaine et attire désormais des hommes et des femmes d’âges et de conditions variés. Les entraînements s’effectuent sur des pistes informelles, routes de terre et terrains centraux du comté.
Des entraînements auto-financés et des déplacements importants
Les membres se rendent aux séances par leurs propres moyens et assument leurs frais de transport. Selon les témoignages, certains parcourent entre 10 et 50 kilomètres pour rejoindre le terrain d’entraînement. Il n’existe ni parrainage commercial, ni subvention institutionnelle régulière pour couvrir ces coûts. Les coureurs privilégient la marche lorsque les transports sont inaccessibles financièrement. Cette organisation minimale met en lumière la détermination collective : l’effort et la régularité compensent l’absence de ressources matérielles.
Amélioration de la santé chez des participants âgés
Les bénéfices sanitaires sont palpables chez plusieurs membres. Une femme de 82 ans, qui court cinq kilomètres trois fois par semaine depuis qu’elle a rejoint le groupe en 2017, rapporte une baisse durable de sa tension artérielle et la disparition de spasmes musculaires. D’autres inscrits évoquent une réduction des visites hospitalières et une meilleure hydratation au quotidien. Ces améliorations, observées chez des participants âgés, soulignent le rôle de l’activité physique soutenue dans la prévention et la gestion de maladies liées au mode de vie, comme l’hypertension et le diabète.
Des performances compétitives malgré les contraintes
Au-delà de la dimension santé, certains membres ont représenté la région à l’échelle internationale. En 2019, un coureur de 73 ans s’est rendu en Tunisie pour participer aux championnats africains masters et en est revenu avec deux médailles d’argent. Ces succès montrent que, même sans infrastructure ni budget conséquent, des athlètes seniors peuvent maintenir un niveau de compétition et porter haut les couleurs de leur comté si l’engagement et la discipline sont présents.
Inclusion des personnes en situation de handicap
Le chapitre Meru accueille également des athlètes avec des limitations physiques. Un membre malvoyant s’entraîne avec l’assistance de son fils qui le guide sur la piste ; il a ensuite contribué à former d’autres guides pour rendre la pratique accessible à d’autres personnes partageant son handicap. Cette dynamique favorise l’inclusion et crée des mécanismes d’entraide locale, transformant un obstacle individuel en opportunité collective d’apprentissage et d’engagement.
Reconnaissance locale et perspectives de soutien
Au niveau institutionnel, les autorités du comté ont exprimé une volonté de reconnaissance et d’appui modeste. Les responsables locaux envisagent de créer des plateformes publiques pour valoriser le travail du groupe et favoriser sa visibilité. Ce type d’appui, s’il reste limité aujourd’hui, est perçu par les membres comme une première reconnaissance officielle de leur contribution à la santé communautaire et à la promotion d’un vieillissement actif.
La routine matinale d’une coureuse de Mikumbune illustre le basculement opéré : malgré les moqueries initiales, la pratique régulière a transformé sa vie quotidienne et elle encourage désormais d’autres personnes âgées à s’exercer. Dans un comté réputé pour ses champions de longue distance, ces athlètes seniors rappellent que la course à pied peut aussi être un outil de résilience, d’autonomie et de lien social pour les populations vieillissantes.