Le tribunal soudanais condamne Hemedti et 15 responsables des RSF à mort pour génocide
Condamnation à mort de Hemedti et de 15 dirigeants des RSF pour génocide au Darfour occidental
Tribunal soudanais condamne Hemedti et 15 responsables des RSF à mort pour génocide et crimes de guerre au Darfour occidental, aggravant une crise humanitaire.
La justice soudanaise a rendu un verdict historique : Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, et quinze hauts responsables des Forces de soutien rapide (RSF) ont été condamnés à la peine de mort pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Le jugement, prononcé par un tribunal siégeant à Port-Soudan, vise des atrocités commises principalement au Darfour occidental, en particulier autour d’el-Geneina, et marque la première condamnation en lien avec les responsables politiques et militaires des RSF depuis le début du conflit en 2023. Hemedti a été jugé par contumace ; sa localisation reste inconnue et il n’était pas présent lors du procès.
Décisions judiciaires et sanctions demandées
Le tribunal de Port-Soudan a non seulement prononcé des peines capitales, mais a ordonné la confiscation des avoirs attribués aux RSF. Le juge a en outre demandé aux autorités d’émettre des notices rouges d’Interpol en vue d’arrestations et d’extraditions des personnes condamnées. Parmi les condamnés figurent des proches d’Hemedti : son frère et adjoint Abdelrahim Hamdan Dagalo, un autre frère al-Qoni Hamdan Dagalo, ainsi que le commandant des RSF au Darfour occidental, Abdul Rahman Juma Barkallah. Les accusés ont été reconnus coupables d’avoir dirigé et coordonné des attaques ciblant des civils, des lieux de culte, des écoles et des quartiers résidentiels.
Chef d’accusation centré sur El-Geneina et le meurtre du gouverneur
Le procès a porté en grande partie sur les violences d’el-Geneina, la capitale de l’État du Darfour occidental. Le dossier comprenait notamment l’assassinat en juin 2023 du gouverneur Khamis Abakar. Le tribunal a retenu des éléments montrant des destructions massives, des pillages et des déplacements forcés de populations — en particulier des communautés non arabes telles que les Massalit — ainsi que des actes de violence sexuelle et d’enlèvements qui, selon la cour, s’inscrivent dans une politique systématique de ciblage.
Contexte militaire : du basculement de 2023 aux foyers de 2025
Le conflit a éclaté le 15 avril 2023, après la rupture entre le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, et Hemedti. Ce divorce d’alliés a transformé une rivalité politique en guerre ouverte qui a d’abord secoué Khartoum avant de se diffuser sur l’ensemble du territoire soudanais. En mars 2025, l’armée a repris le palais présidentiel et reconquis la majeure partie de Khartoum, infligeant une lourde défaite aux RSF dans la capitale. Néanmoins, les combats se sont déplacés vers l’ouest : les RSF ont consolidé des gains au Darfour et ont pris El-Fasher en octobre 2025, tandis que les affrontements se sont également intensifiés dans le Kordofan et autour d’El-Obeid, nœud stratégique reliant le centre du pays au Darfour.
Impact humanitaire et risques d’atrocités autour d’El-Obeid
La poursuite des hostilités a creusé une crise humanitaire majeure. Des millions de personnes ont été déplacées et des civils subissent siège, attaques aériennes et utilisation de drones dans plusieurs zones urbaines et rurales. Des gouvernements étrangers ont alerté sur le risque d’atrocités à grande échelle, estimant qu’environ un demi-million de civils étaient menacés lors des offensives autour d’El-Obeid, principal carrefour logistique et militaire pour les deux camps. Les conditions sur le terrain — pénuries, déplacements massifs et violences ciblées — compliquent l’aide humanitaire et multiplient les risques sanitaires.
Réactions et implications internationales
L’arrêt judiciaire intervient après une série d’actions internationales à l’encontre des RSF : les États-Unis ont sanctionné Hemedti en janvier 2025, et plusieurs missions d’enquête onusiennes ont documenté des exactions graves. Une mission de l’ONU a conclu que des actes constitutifs de génocide avaient été commis lors de la prise d’El-Fasher, citant massacres, viols collectifs, enlèvements et manœuvres délibérées conduisant à la faim des civils. Les responsables des RSF ont nié ces accusations. Parallèlement, des enquêteurs de la Cour pénale internationale ont indiqué avoir rassemblé des preuves reliant des crimes graves aux dirigeants du mouvement, ouvrant la voie à des actions judiciaires internationales complémentaires.
La portée pratique du jugement soudanais reste incertaine : les condamnés sont majoritairement hors de portée des autorités qui ont rendu le verdict, et le contrôle effectif du territoire par les RSF dans l’ouest du Soudan complique toute exécution des peines ou arrestations immédiates. Le jugement modifie néanmoins le paysage politique et judiciaire en posant une qualification pénale lourde des actes commis et en renforçant la pression internationale pour des comptes rendus et des poursuites.