Les dépôts des MRE atteignent 222 milliards de dirhams dans les banques marocaines
Les MRE, une force économique sous-exploitée pour les banques marocaines
Les Marocains résidant à l’étranger (MRE) jouent un rôle économique de premier plan pour les banques du Maroc. À la fin de l’année 2025, leurs dépôts ont atteint 222,8 milliards de dirhams, ce qui représente près du quart de l’épargne détenue par les particuliers dans le pays. Néanmoins, la gestion de ces fonds dans le système bancaire marocain soulève des interrogations, notamment concernant leur transformation presque systématique en dirhams.
Une conversion systématique des dépôts
Malgré l’importance des dépôts des MRE, l’argent envoyé depuis l’étranger est rarement conservé dans sa monnaie d’origine. Selon Bank Al-Maghrib, à la fin de décembre 2025, seules 116 096 des 39,8 millions de comptes bancaires marocains étaient directement libellés en devises étrangères, représentant un chiffre dérisoire de 0,3 % du total. De plus, le nombre de ces comptes en devises a enregistré une baisse significative de 6,3 % en un an, passant de 123 945 en 2024 à 116 096 en 2025.
Utilisation des fonds transférés
Cette conversion rapide des fonds en dirhams n’indique pas que les MRE retirent leur argent du Maroc. Au contraire, les transferts sont souvent utilisés pour financer diverses dépenses familiales, remboursement de crédits, acquisition de logements ou pour constituer une épargne dans le pays. Les MRE peuvent également recourir à des comptes en dirhams convertibles, qui leur permettent d’effectuer des transferts d’argent vers l’étranger sous certaines conditions, sans passer par des comptes libellés en devises.
Caractéristiques des comptes en devises
Le chiffre de 0,3 % ne concerne pas uniquement les MRE, mais inclut aussi des comptes d’étrangers, d’entreprises ou d’autres personnes autorisées à détenir des devises au Maroc. Bank Al-Maghrib ne précise cependant pas combien des 116 096 comptes en devises sont réellement détenus par des Marocains vivant à l’étranger. Néanmoins, il apparaît que l’euro domine largement cette catégorie, représentant 76 % des comptes en devises, témoin des liens économiques forts entre le Maroc et les pays européens où se trouve la majorité de la diaspora marocaine.
Un paradoxe économique notable
Le paradoxe est frappant : bien que les MRE représentent 9 % des personnes physiques titulaires d’un compte bancaire au Maroc et détiennent plus de 222 milliards de dirhams dans les banques, leur argent, une fois transféré dans le pays, est presque systématiquement converti en dirham. Cela met en lumière une dynamique économique particulière où le potentiel financier des MRE pourrait être sous-exploité par les institutions bancaires marocaines.
Conséquences sur la stratégie bancaire
La faible proportion de comptes en devises et la conversion majoritaire en dirhams soulèvent des questions quant à la stratégie des banques marocaines face aux MRE. Les institutions bancaires pourraient bénéficier d’une révision de leur approche afin de mieux répondre aux besoins des MRE, en proposant des produits adaptés qui leur permettraient de conserver une partie de leurs fonds en devises étrangères.
Perspectives d’avenir pour les MRE
Il est essentiel pour les banques marocaines de reconnaître le rôle crucial joué par les MRE dans l’économie nationale. En adoptant des stratégies visant à faciliter la gestion de leurs fonds en devises, les banques pourraient non seulement améliorer leur relation avec la diaspora, mais aussi renforcer leur position sur le marché.
Les MRE continuent de jouer un rôle déterminant dans le paysage économique marocain, avec des dépôts significatifs qui, une fois transférés, restent principalement en dirham. Les banques marocaines doivent s’adapter à cette réalité pour optimiser les avantages économiques que peuvent apporter les fonds de la diaspora.