Maiduguri : des familles cherchent des proches disparus depuis la violence de Boko Haram
Des familles de Maiduguri cherchent toujours des proches disparus depuis la crise de Boko Haram
À Maiduguri, des familles cherchent depuis plus de dix ans des proches disparus liés au conflit; associations locales et inondations compliquent les recherches.
Depuis plus d’une décennie, des familles de Maiduguri vivent dans l’incertitude, cherchant des proches disparus lors des violences qui ont ravagé le nord-est du Nigeria. Les cas de Falmata Mohammed, portée disparue en 2011, et d’Adam Muhammad Bashir, disparu vers 2012–2013, illustrent la douleur persistante de foyers qui n’ont jamais obtenu de réponses claires sur le sort de leurs proches. Les recherches se heurtent à des obstacles logistiques, à la multiplication des personnes déplacées et à la perte de preuves matérielles, tandis que des initiatives locales tentent d’organiser les efforts de recherche et d’aide.
Disparition signalée en 2011 ravive l’espoir puis la déception
En 2011, Falmata Mohammed a disparu alors qu’elle voyageait avec sa mère de Maiduguri vers Port Harcourt. La famille a reçu, des années plus tard, une information non vérifiée selon laquelle Falmata aurait été retrouvée au Bénin ; l’intermédiaire qui a apporté la nouvelle a ensuite disparu sans laisser de coordonnées. Pour Kashim Mohammed, frère de Falmata et président d’une association communautaire locale, cet épisode a brièvement rallumé l’espoir avant de replonger la famille dans l’incertitude. Le décès du père, qui n’a jamais su ce qu’il était advenu de sa fille, a aggravé le traumatisme familial.
Jeunes laissés sans réponse et recherches familiales prolongées
Le cas d’Adam Muhammad Bashir, surnommé Bakura, montre comment la disparition d’un soutien familial bouleverse durablement une famille. Bakura, vendeur sur un marché et étudiant en génie civil, a disparu alors que son frère Muhammad n’était encore qu’un adolescent. Les proches ont fouillé marchés, centres de réhabilitation et camps de déplacés, présentant des photos et des descriptions physiques, sans parvenir à confirmer son sort. Plusieurs parents et beaux-parents sont décédés sans avoir obtenu de réponses, laissant des jeunes adultes poursuivre seuls des recherches éprouvantes.
Dimension et ampleur des disparitions dans le nord-est
Des acteurs locaux et des associations estiment que des dizaines de milliers de personnes sont portées disparues dans le nord du pays depuis le début des hostilités liées à la rébellion armée. Dans l’État de Borno, plusieurs milliers de cas non résolus apparaissent dans les registres associatifs, tandis que de nombreuses familles n’ont jamais formalisé de déclaration. Derrière ces chiffres se cachent des situations variées : personnes enlevées lors d’attaques, familles séparées en fuyant la violence, individus retrouvés désorientés dans d’autres communautés. Retrouver une personne nécessite souvent de croiser des registres hospitaliers, des listes de personnes secourues et des témoignages fragmentaires.
Création d’une association locale pour coordonner les recherches
Face à cette crise humaine, des familles ont créé en 2023 une association dédiée au bien‑être des familles de personnes déplacées et disparues, officiellement enregistrée deux ans plus tard. L’organisation tient des réunions mensuelles pour partager des informations, compiler des listes de disparus et orienter les proches vers des files d’attente d’aide. Outre la recherche d’informations, l’association apporte un soutien matériel et éducatif : des enfants orphelins ou privés de soutien financier reçoivent une aide pour accéder à l’école lorsque les moyens le permettent. Le travail va de la collecte de photos et témoignages à la transmission de dossiers aux organisations humanitaires qui opèrent dans la région.
Inondations de 2024 et perte d’éléments d’identification
Les inondations qui ont frappé Maiduguri en 2024 ont aggravé la situation pour de nombreuses familles. Des quartiers entiers ont été submergés, et des photographies conservées pendant des années — souvent l’un des rares outils d’identification — ont été détruites. La disparition de ces archives visuelles complique la reconnaissance des personnes secourues ou retrouvées dans d’autres localités. Privées de ces supports, les familles doivent désormais se fier à des descriptions orales et à des documents partiellement conservés, rendant plus laborieuse la comparaison entre personnes localisées et proches recherchés.
Appel aux informations et perspectives pour les familles
Les familles restent mobilisées et appellent toute personne disposant d’informations à se manifester. Les proches indiquent qu’un élément vérifiable, même minime, pourrait mettre fin à des années d’angoisse et permettre de clarifier le sort de parents et frères et sœurs disparus. Les initiatives locales cherchent également à renforcer la collecte systématique des données et la conservation d’archives pour éviter que de futures catastrophes naturelles ne compromettent définitivement les pistes d’identification.
Pour les familles interrogées, retrouver une certitude — vie ou décès — transcende l’aspect administratif : c’est la possibilité de faire le deuil, de clore une page douloureuse ou de renouer des liens longtemps interrompus. La recherche se poursuit dans des conditions difficiles, portée par des proches qui refusent d’abandonner l’espoir d’une réunion ou, à défaut, d’une réponse claire sur le destin de leurs êtres chers.