OMC prévoit ralentissement du commerce mondial en 2026, le Maroc profite des phosphates
Commerce mondial : l’OMC anticipe un net ralentissement en 2026, le Maroc se distingue
OMC : le commerce mondial ralentira à 1,9% en 2026 à cause des risques énergétiques liés au conflit au Moyen‑Orient; le Maroc affiche une forte dynamique.
Le dernier rapport de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) publié en mars 2026 annonce un ralentissement marqué du commerce mondial des marchandises : la croissance attendue tombe à 1,9% en 2026, après une poussée de 4,6% en 2025 portée notamment par la demande liée aux produits d’intelligence artificielle. Les auteurs du rapport pointent le conflit au Moyen‑Orient comme principale source d’incertitude macroéconomique, avec des conséquences directes sur les prix de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et les flux commerciaux. Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme un cas particulier : il combine vulnérabilités accrues et opportunités de repositionnement stratégique.
Prévisions globales et scénarios énergétiques
L’OMC présente un scénario central prévoyant une croissance du commerce de marchandises de 1,9% en 2026, mais attire l’attention sur un scénario alternatif à prix élevés de l’énergie dans lequel la croissance retomberait à 1,4%. Les autorités mentionnées dans l’analyse soulignent que les hausses soutenues des prix de l’énergie et les perturbations logistiques amplifient l’incertitude. En mars 2026, le prix du pétrole brut a atteint environ 90 dollars le baril et des pertes de production importantes — estimées à 11 millions de barils par jour — ont suivi des dommages sur une quarantaine de sites énergétiques, accentuant le choc sur l’offre mondiale.
Impact du conflit au Moyen‑Orient sur le transport maritime
Le rapport signale que la navigation dans le détroit d’Hormuz a été fortement perturbée, avec un effondrement du trafic passant d’environ 138 navires par jour à un niveau quasi nul dans les phases les plus critiques. Cette situation a des répercussions immédiates sur le coût et la fiabilité du fret maritime, rallongeant les délais et augmentant les primes d’assurance. Pour les économies dépendantes des importations d’énergie ou de matières premières, la hausse des coûts de transport et de l’énergie se traduit par un risque inflationniste et une pression sur les marges des entreprises.
Performance commerciale du Maroc en 2025–2026
Les tableaux annexés au rapport montrent une dynamique marocaine notable : en 2025, le Maroc se classe 30e importateur mondial de biens (hors commerce intra‑UE) avec 87 milliards de dollars et une part de marché de 0,4%, affichant une croissance annuelle de 15%. Dans les services commerciaux hors intra‑UE, le Royaume se place 28e exportateur mondial avec 32 milliards de dollars et une progression annuelle de 17%. Ces résultats dépassent largement les prévisions globales pour 2026 — par exemple une croissance attendue de 4,8% pour le commerce des services — et témoignent d’un renforcement concurrentiel dans les secteurs numérique et touristique malgré l’environnement international tendu.
Vulnérabilités marocaines face aux chocs énergétiques
Pour une économie net‑importatrice d’énergie comme celle du Maroc, la flambée des prix du pétrole et la hausse du coût du fret constituent des canaux d’impact significatifs. L’augmentation des coûts énergétiques peut se traduire par une inflation importée, une hausse des coûts de production industrielle et une dégradation des balances commerciales pour certains secteurs. Le rapport souligne que les régions importatrices d’énergie — notamment en Europe et en Asie — sont particulièrement exposées dans le scénario de prix élevés, et le Maroc partage ces mêmes pressions en raison de sa dépendance aux importations d’hydrocarbures.
Atouts stratégiques et sécurité alimentaire
Au‑delà de l’énergie, le rapport évoque un risque d’approvisionnement en engrais (urée, ammoniac) du fait des blocages des routes commerciales du Golfe, une menace pour la sécurité alimentaire mondiale. Sur ce point, le Maroc possède un avantage stratégique majeur : ses réserves de phosphate et sa capacité de production d’engrais offrent au Royaume une marge de manœuvre supplémentaire. Cette position peut permettre au pays d’alimenter ses marchés d’exportation et de jouer un rôle stabilisateur dans un contexte de raréfaction d’intrants agricoles, tout en renforçant la valeur ajoutée de ses exportations.
Conséquences macroéconomiques et pistes d’action
La combinaison de chocs externes et de performances sectorielles contrastées impose des réponses ciblées. Pour atténuer l’impact des tensions énergétiques, les options incluent la diversification des fournisseurs d’énergie, l’accélération des investissements dans les renouvelables et la renégociation des chaînes logistiques pour réduire la dépendance à certaines routes maritimes. Le renforcement des capacités locales de production d’intrants agricoles et la valorisation industrielle du phosphate constituent également des leviers pour consolider la résilience extérieure et tirer parti des besoins mondiaux en engrais.
En conclusion, l’OMC indique un exercice 2026 placé sous le signe du ralentissement mondial associé à des risques énergétiques élevés. Le Maroc, malgré une exposition aux hausses de prix et aux coûts logistiques, affiche des résultats commerciaux solides en 2025 et dispose d’atouts stratégiques — notamment dans le phosphate et les services — qui lui offrent des opportunités de repositionnement. La trajectoire future dépendra de la persistance des tensions au Moyen‑Orient et de la rapidité des politiques publiques et privées à adapter les chaînes d’approvisionnement et les sources d’énergie.