Ouganda: coques de karité transformées en briquettes pour lutter contre la déforestation
Ouganda : des briquettes de coques de karité offrent une alternative au charbon et génèrent des revenus pour les femmes
À Alebtong (Ouganda), une initiative locale transforme les coques de karité rejetées en briquettes pour réduire la coupe d’arbres, créer des emplois pour les femmes et favoriser la restauration des paysages.
Retour sur la disparition d’un arbre emblématique
De retour après plusieurs années d’engagement humanitaire, Lucy Everlyn Atim a découvert que l’arbre à karité qui marquait son enfance avait été abattu. Ce constat personnel illustre un phénomène plus vaste : dans le nord de l’Ouganda, des centaines d’arbres indigènes sont abattus pour produire du charbon de bois. Les karités, autrefois présents en grand nombre dans les jachères et pâturages, se raréfient, privant les communautés d’une ressource alimentaire, économique et écologique fondamentale.
Données nationales et pression sur les forêts
Le pays perd environ 122 000 hectares de forêt par an, une perte largement alimentée par la production de charbon de bois et l’exploitation non durable des ressources ligneuses. Près de 90 % des ménages continuent d’utiliser le charbon de bois pour cuisiner, ce qui exerce une pression constante sur des essences locales comme le karité et l’Afzelia africana. Une étude universitaire note que la densité d’arbres à karité matures a chuté : sur certaines terres en jachère, la moyenne est passée d’environ 20 arbres en 2008 à 10–15 en 2017, signe d’une érosion rapide des populations matures et d’un déficit de régénération.
Transformation des coques en briquettes
Inspirée par une méthode observée au Soudan du Sud, Atim a lancé en 2023 la Moyao Africa Initiative. Le projet récupère les coques de karité — auparavant jetées après extraction des amandes — pour les convertir en briquettes de cuisson. Le procédé combine broyage des coques, ajout d’un liant (argile et farine de manioc) puis moulage et séchage solaire. Ces briquettes offrent une combustion plus propre et peuvent remplacer le charbon de bois dans de nombreux usages domestiques. La valorisation des déchets permet de diminuer la demande en arbres fraîchement coupés et de réduire les fumées nocives dans les cuisines.
Impact social et autonomisation féminine
L’initiative emploie une petite équipe permanente et mobilise plus de 1 200 femmes organisées en groupes d’épargne. Les participantes apprennent à produire du beurre de karité et à transformer les coques en combustibles vendables. Pour beaucoup, cela signifie moins de dépenses pour le charbon, un revenu complémentaire et une plus grande résilience économique en période de crise. Des présidentes de groupes témoignent qu’elles n’ont plus à acheter du charbon aussi souvent, et que la vente de produits liés au karité permet d’épargner pour les urgences familiales.
Limitations techniques et besoins d’investissement
La production reste contrainte par la saisonnalité de la récolte de karité et par l’absence d’équipements industriels. L’achat d’un carboniseur, d’un broyeur et d’une presse à briquettes — estimé à environ 530 dollars — permettrait d’augmenter la cadence, de produire toute l’année et d’améliorer la qualité des combustibles. Les machines permettraient également de réduire la main-d’œuvre intensive et d’élargir le marché local et régional. Les spécialistes en énergies renouvelables soulignent que la pyrolyse ou la carbonisation contrôlée peut produire des briquettes moins fumigènes et plus efficaces, augmentant l’acceptation par les ménages.
Synergies avec la restauration des paysages
Au-delà des briquettes, l’initiative anime des clubs environnementaux dans les écoles et collabore avec des programmes agricoles pour distribuer des plants d’arbres. Cette stratégie vise à conjuguer réduction de la pression sur les arbres existants et replantation ciblée. Les acteurs du développement insistent toutefois sur la nécessité d’un soutien institutionnel pour accompagner ces actions : sans politiques de mise à l’échelle et d’appui logistique, les solutions locales peinent à dépasser le stade pilote.
La transformation des coques de karité en combustible constitue une réponse pragmatique à la fois écologique et sociale : elle valorise un résidu agricole, crée des opportunités économiques pour les femmes rurales et propose une alternative susceptible de réduire la coupe d’arbres. Pour que l’initiative porte ses fruits à plus grande échelle, il faudra des investissements techniques, un renforcement des capacités locales et un appui concerté des autorités pour faciliter l’accès aux marchés et aux équipements.