Ouvriers du textile au Bangladesh manifestent à Dhaka pour une hausse des salaires
Bangladesh en mouvement, ouvriers du textile manifestent à Dhaka pour un doublement du salaire minimum
À Dhaka début novembre 2026, des milliers d’ouvriers du textile manifestent pour un salaire minimum de 30 000 taka, provoquant affrontements et arrestations.
La colère des ouvriers du textile a éclaté début novembre 2026 à Dhaka et dans les zones industrielles périphériques, provoquant des grèves massives, des violences et l’intervention policière. Les travailleurs réclament un salaire minimum de 30 000 taka, soit plus du double du niveau en vigueur, et dénoncent l’impossibilité croissante de couvrir les dépenses de base face à une inflation soutenue. Des manifestations organisées les 1er et 2 novembre ont entraîné l’arrêt de centaines d’usines, l’arrestation de manifestants et des scènes d’affrontement qui mettent en lumière la tension entre travailleurs, employeurs et autorités.
Familles privées de nourriture et d’école
De nombreux témoignages dépeignent une détresse sociale aiguë. Une ouvrière de 37 ans, opératrice de couture expérimentée, gagne autour de 15 000 taka par mois, montant parfois à 18 000 ou 20 000 taka avec les heures supplémentaires. Elle dit ne plus pouvoir payer les frais de scolarité de ses deux enfants et peine à assurer plus d’un repas correct par jour. Son récit illustre l’écart entre les revenus réels et le coût de la vie, et la manière dont des gains modestes se dissolvent rapidement face aux dépenses alimentaires, au loyer et aux dettes accumulées.
Manifestations et affrontements à Dhaka et périphérie
Les rassemblements ont pris une ampleur significative dans des secteurs clés comme Ashulia et Jamgora, en périphérie de la capitale. Des images et rapports font état de routes bloquées, de véhicules incendiés et de jets de projectiles lors d’affrontements avec les forces de l’ordre. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser certains cortèges, et des dizaines de personnes ont été arrêtées. Les perturbations ont entraîné l’arrêt des opérations dans des centaines d’usines et affecté près d’un million de travailleurs selon des comptages sectoriels recopiés par des responsables industriels.
Commission des salaires créée mais contestée
Face à la montée de la contestation, le gouvernement a annoncé la formation d’une commission des salaires composée de six membres chargée d’examiner les revendications. Le ministre du Travail a appelé au retour au travail en assurant que le conseil commencerait bientôt ses délibérations. Les représentants syndicaux exigent que tout nouveau barème salarial soit appliqué dès janvier 2027, et demandent la libération des travailleurs arrêtés ainsi que l’abandon des poursuites. Pour l’instant, la création de la commission est perçue par beaucoup comme une réponse tardive et insuffisante, qui ne règle pas l’urgence alimentaire et financière ressentie par les familles.
Inflation et érosion du pouvoir d’achat
La révision du salaire minimum dans le secteur avait eu lieu en décembre 2023, mais depuis cette date les prix ont continué d’augmenter. L’inflation annuelle se situe désormais à un niveau qui gruge de façon significative le pouvoir d’achat des travailleurs les moins rémunérés, notamment pour les dépenses alimentaires. Des ouvriers rapportent des dettes personnelles importantes et la nécessité de recourir à des solutions de survie comme la réduction drastique des repas ou l’utilisation de combustibles de fortune pour cuisiner. Les augmentations ponctuelles de salaires dans la fonction publique ont aussi créé un effet d’entraînement, intensifiant les attentes dans le secteur privé.
Pression sur les fabricants et acheteurs internationaux
L’industrie textile du Bangladesh est un pilier des recettes d’exportation du pays, mais elle évolue dans un marché international compétitif. Les représentants industriels soulignent que des hausses salariales substantielles doivent aller de pair avec des conditions d’achat plus équitables de la part des grandes marques clientes. À défaut, disent-ils, les marges des usines pourraient se réduire au point de menacer les emplois. De l’autre côté, des spécialistes évoquent le rôle déterminant des acheteurs internationaux dans la répartition de la valeur ajoutée et estiment qu’un effort partagé est nécessaire pour garantir des salaires décents sans compromettre la viabilité du secteur.
Les décisions attendues cette année auront des conséquences directes sur la stabilité sociale et économique dans une industrie qui emploie plusieurs millions de personnes, dont une part importante de femmes. Les revendications pour un salaire minimum de 30 000 taka reflètent non seulement une demande de justice économique, mais aussi une réaction à des conditions de vie devenues insoutenables pour de nombreux foyers. Des négociations complexes sont à venir, et l’issue déterminera le quotidien de familles qui cherchent avant tout à nourrir leurs enfants et à garder un toit sur la tête.