Pénurie d’insuline à Gaza met des milliers de diabétiques en péril
Gaza : la pénurie d’insuline transforme le diabète en lutte quotidienne
À Gaza, la pénurie d’insuline et de tests transforme la prise en charge du diabète en lutte quotidienne, exposant des milliers de patients à des risques vitaux.
Aux premières heures d’un jour ordinaire de conflit, Hamza, 20 ans et résident du quartier de Zeitoun au sud de la ville de Gaza, part en quête d’un stylo d’insuline. Cette routine — se déplacer de pharmacie en centre médical — s’est imposée depuis l’aggravation des restrictions aux frontières et l’effondrement des approvisionnements après octobre 2023. Pour lui comme pour des milliers d’autres, l’accès régulier à l’insuline, aux glucomètres et aux bandelettes de test est devenu incertain, coûteux et dangereux pour la santé.
Quête quotidienne d’un traitement
Hamza raconte qu’avant la guerre, il trouvait des stylos d’insuline à des prix relativement abordables. Ces derniers mois, le prix d’un stylo a triplé, obligeant de nombreux patients à prolonger l’usage des dispositifs au-delà des recommandations. Hamza a besoin de 6 à 7 stylos par mois ; il tente désormais d’en tirer le maximum, au risque de compromettre l’efficacité du traitement. Les déplacements fréquents pour trouver une dose prennent le pas sur toute autre priorité quotidienne, dans un contexte où les pénuries fluctuent d’un jour à l’autre.
Conséquences directes sur l’équilibre alimentaire et la sécurité
La gestion du diabète dépend d’un équilibre précis entre apport alimentaire et injections d’insuline. Privé d’un accès fiable au médicament, un patient doit choisir entre réduire ses repas pour éviter l’hyperglycémie ou prendre des risques alimentaires qui peuvent entraîner une hyperglycémie sévère. Les évacuations répétées et les bombardements amplifient ces dilemmes : beaucoup transportent un « sac de diabète » contenant l’essentiel, mais ce geste ne suffit pas à compenser l’absence prolongée de médicaments et d’outils de surveillance.
Rareté des outils de surveillance
Les glucomètres eux-mêmes restent onéreux, mais c’est surtout la disponibilité des bandelettes de test qui fait défaut. Un appareil sans bandelettes est inutilisable : les patients ne peuvent contrôler régulièrement leur glycémie et doivent se fier à des signes cliniques souvent tardifs. Dans plusieurs zones, une majorité des personnes atteintes de diabète ne disposent pas d’un suivi régulier, transformant la prise en charge en un pari quotidien. On estime entre 70 000 et 80 000 le nombre de patients diabétiques exposés à ces risques dans l’enclave, et environ 2 500 enfants atteints de diabète de type 1 vivent dans des conditions particulièrement vulnérables.
Problèmes de qualité et d’entreposage des médicaments
Au-delà de la disponibilité, la qualité des stocks pose un danger. Les coupures d’électricité, le stockage inadapté et la détérioration des lots en raison de délais prolongés peuvent réduire l’efficacité de l’insuline. L’utilisation de produits périmés ou mal conservés peut donner une illusion d’amélioration temporaire tout en laissant le taux de sucre hors de contrôle, avec des complications potentiellement mortelles comme l’acidocétose diabétique. La combinaison de pénuries et de conditions de conservation dégradées crée un risque systémique pour la population diabétique.
Conséquences sanitaires à court et long terme
L’absence d’une insulinothérapie stable et d’un suivi régulier augmente le risque immédiat d’urgences médicales et le fardeau des complications chroniques — rétinopathie, néphropathie, neuropathie et maladies cardiovasculaires. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement exposés. Les interruptions répétées de traitement peuvent entraîner des hospitalisations, une détérioration rapide de l’état de santé et une hausse de la mortalité liée au diabète.
Face à cette réalité, les patients multiplient les stratégies d’adaptation : recherche d’approvisionnements alternatifs, rationnement des doses, partage d’équipements et priorisation des situations les plus critiques. Ces réponses individuelles traduisent une urgence sanitaire collective qui transforme une maladie chronique gérable en une menace quotidienne.
La situation des personnes diabétiques à Gaza illustre comment les conflits et les restrictions logistiques transforment des soins essentiels en ressource rare, avec des conséquences directes sur la survie et la qualité de vie d’une population déjà fragilisée.