Prix des légumes jusqu’à trois fois entre marchés de gros, FIFEL réclame réformes
Maroc : des prix jusqu’à trois fois plus élevés entre marchés de gros, l’État crée six sociétés régionales
Prix jusqu’à trois fois supérieurs entre Inezgane et Casablanca : l’État annonce six sociétés régionales pour réduire les intermédiaires et stabiliser les prix.
Un même produit affiche des écarts considérables selon le marché de gros : à Inezgane, près d’Agadir, les volumes destinés aux grandes villes arrivent à bas prix, tandis que sur certains marchés régionaux le montant payé par le consommateur peut doubler ou tripler. Le président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (FIFEL) a alerté le 26 octobre 2026 sur ces différences et a pointé la chaîne de commercialisation comme facteur principal. Le gouvernement a réagi le 23 octobre 2026 en prévoyant la création de six sociétés régionales chargées de regrouper et de commercialiser les productions dans les bassins agricoles majeurs.
Écarts mesurés entre marchés de gros
Les témoignages recueillis par les professionnels indiquent que les mêmes lots peuvent être vendus à des prix très bas à la sortie des centres de production, notamment à Inezgane, puis revendre beaucoup plus cher à l’arrivée dans des métropoles comme Casablanca ou Rabat. Ces écarts portent tant sur des légumes courants que sur des fruits, et concernent des périodes régulières de commercialisation comme les pics de récolte. Le phénomène crée une distorsion de prix entre le premier acheteur et le consommateur final, et fragilise la confiance dans la formation des tarifs.
Chaîne de commercialisation et accumulation des marges
La multiplication d’intermédiaires dans le circuit entre la ferme et l’étal est citée comme la principale explication. Chaque maillon — commissionnaires, transporteurs, grossistes régionaux, détaillants — applique une marge qui vient s’ajouter au prix initial. Les coûts logistiques et la saisonnalité exacerbent ces additions. Cette fragmentation du circuit complique également la traçabilité des flux et rend difficile la transparence des prix pour les associations de consommateurs et les autorités.
Cas concrets signalés par les producteurs
Des exemples concrets ont été rapportés par les producteurs : des tomates cédées à 4 dirhams à la ferme ont ensuite été proposées à la vente à 12 dirhams dans certains marchés urbains, soit un triplement du prix entre sortie d’exploitation et point de vente. Ces écarts alimentent des tensions sur les exportations et sur le marché intérieur, notamment lorsque la hausse des prix est perçue comme injustifiée par les consommateurs et les chaînes de distribution étrangères.
Mesures annoncées dans le cadre du projet de budget 2027
Dans le cadre de la présentation du projet de budget 2027, les autorités ont annoncé la création de six sociétés régionales chargées de regrouper et de commercialiser les productions agricoles dans les grands bassins. Ces structures visent à rationaliser les flux, réduire le nombre d’intermédiaires et encadrer les pratiques commerciales afin d’obtenir une meilleure transparence tarifaire. L’initiative s’inscrit également dans la modernisation annoncée de marchés de gros et d’infrastructures logistiques pour améliorer la chaîne d’approvisionnement.
Attentes des professionnels et modalités à définir
La FIFEL accueille favorablement l’orientation mais demande que les agriculteurs soient associés à la conception et à la gouvernance de ces nouvelles sociétés régionales. Les professionnels réclament des mécanismes clairs pour encadrer les marges, définir les responsabilités de chaque acteur et assurer un suivi des prix entre marchés. Les modalités opérationnelles — mode de gouvernance, financement, périmètre d’action et calendrier de mise en œuvre — restent à préciser, et le secteur attend des textes et des décrets précisant la mise en place effective.
Les autorités devront également veiller à ce que la création de ces sociétés n’entraîne pas une centralisation inefficace ou de nouveaux monopoles locaux. La réussite de la mesure dépendra de la gouvernance, de l’intégration des producteurs, et d’un suivi transparent des flux et des prix.
Au terme de cette première annonce, le secteur observe une opportunité de réduire les distorsions qui pèsent sur les prix alimentaires, mais insiste sur la nécessité d’une mise en œuvre rapide et concertée pour que les changements structurels se traduisent effectivement par une baisse des écarts tarifaires pour le consommateur.