Sécheresse en Somalie provoque crise alimentaire et malnutrition chez des millions
Somalie : sécheresse et conflits provoquent effondrement alimentaire et déplacements massifs
Crise humanitaire en Somalie : sécheresse prolongée, mortalité du bétail et hausse des prix plongent des millions dans l’insécurité alimentaire; l’aide demeure largement insuffisante.
La Somalie fait face à une crise humanitaire majeure où la sécheresse récurrente, conjuguée à l’insécurité et à la hausse des coûts, a réduit des moyens de subsistance entiers en poussière. À la périphérie de la ville portuaire du sud, des troupeaux gisent morts ou sont enterrés sommairement après plusieurs saisons de pluies infructueuses. Pour des familles d’éleveurs qui dépendaient du bétail pour le lait, la viande et les revenus, ces pertes représentent une rupture totale des ressources alimentaires et économiques. La détérioration est rapide : des millions de personnes manquent désormais de repas réguliers et les services de santé et de nutrition vacillent sous la pression.
Kismayo : troupeaux décimés et cimetières pour animaux
Aux abords de Kismayo, les images sont celles d’un effondrement pastoral. De vastes étendues de terre servent désormais de dépotoirs pour le bétail mort ; certains animaux restent là où ils sont tombés, d’autres sont ensevelis dans des fosses peu profondes. Des familles racontent la disparition de presque tous leurs animaux en quelques mois — un patrimoine pastoral réduit de centaines à quelques têtes. La perte du bétail n’est pas seulement économique : elle prive des ménages de lait et de protéines essentielles, accroît la faim saisonnière et contraint des familles à vendre ce qui reste à des prix minimes ou à migrer vers des zones urbaines et des camps.
Millions privés de nourriture et hausse de la malnutrition
La crise alimentaire s’étend sur l’ensemble du pays. Environ 6,5 millions de personnes sautent des repas ou vivent avec une insécurité alimentaire aiguë au quotidien. Parmi elles, plus de 2 millions se trouvent dans des conditions extrêmes, proches d’une situation de famine, avec des pénuries sévères et un besoin croissant de déplacement pour survivre. La contraction de la production locale, la dégradation des pâturages et la flambée des prix des denrées, du carburant et de l’eau empêchent les familles rurales d’acheter leur subsistance. Les marchés restent souvent alimentés de manière irrégulière et les prix continuent d’augmenter, grevant davantage les ménages déjà vulnérables.
Enfants malnutris et services de santé sous tension
Les enfants sont particulièrement exposés : près de 1,8 million d’enfants de moins de cinq ans risquent de souffrir de malnutrition aiguë, mettant leur survie en péril. Les centres de santé et de nutrition sont débordés et, dans certaines régions, ont fermé ou réduit leurs activités en raison du manque de financements et des coûts logistiques accrus. Plus de deux cents établissements de santé et de nutrition ont été contraints de fermer depuis le début de 2025, selon des rapports consolidés du terrain. La réduction de l’accès aux soins intensifie la propagation de maladies infantiles, la malnutrition sévère et augmente les risques de mortalité évitable.
Déplacements massifs et camps surchargés
Le phénomène de déplacement s’accentue : plus de 3,8 millions de personnes sont désormais déplacées à l’intérieur du pays, soit près d’un quart de la population. De nombreux déplacés sont en situation de déplacements multiples, forcés de fuir à plusieurs reprises à mesure que les ressources s’épuisent et que l’accès humanitaire se restreint. Autour des grands foyers urbains et des points d’eau, de nouveaux camps se forment et s’entassent ; certains sont déjà surpeuplés, manquent d’eau potable, d’accès à la santé et d’abris adéquats. Les voyages pour atteindre ces camps sont souvent périlleux : familles épuisées, traversées de rivières, et risques d’atteinte à la sécurité en chemin.
Aide étranglée : financement et logistique insuffisants
Alors que les besoins augmentent, la capacité de réponse internationale faiblit. Le plan de réponse humanitaire pour la Somalie reçoit une fraction du financement requis : sur 1,42 milliard de dollars nécessaires, seuls 288 millions ont été mobilisés, soit environ 20 % du total demandé. Cet écart budgétaire a contraint les opérations à réduire considérablement la portée de l’aide, ramenant le nombre de personnes ciblées de millions à une fraction. Parallèlement, les coûts de transport et de livraison ont fortement augmenté dans plusieurs régions, rendant l’acheminement des fournitures plus lent et plus cher. La combinaison d’un financement insuffisant, d’une logistique plus coûteuse et des restrictions d’accès dans certaines zones dégrade la capacité des acteurs humanitaires à répondre aux besoins urgents.
L’impact combiné de la sécheresse prolongée, de l’insécurité armée et des pressions économiques globales crée une véritable tempête de facteurs qui poussent la Somalie vers un effondrement humanitaire élargi. Les pertes de bétail, la hausse des prix et la réduction des services essentiels laissent des millions de personnes en situation de vulnérabilité extrême, notamment les enfants et les familles déplacées. Sans renforcement significatif du financement, une stabilisation des conditions climatiques et une amélioration de l’accès humanitaire, la crise devrait continuer de s’aggraver, avec des conséquences durables sur la sécurité alimentaire et la résilience des communautés somaliennes.