Taiz, Yémen : tireurs d’élite et crise du logement mettent en danger les civils
Taiz: familles exposées aux tirs et à la crise du logement le long d’une ligne de front urbaine
À Taiz, la vie près de la ligne de front expose des familles à des tirs de snipers, à des loyers inabordables et à des destructions massives, accentuant la crise du logement et les déplacements.
Um Yousef a choisi une maison proche de la ligne de front à Taiz parce que c’était la seule option abordable. Mère célibataire de quatre enfants, elle a emménagé en janvier 2025 dans un logement qu’elle payait l’équivalent d’environ 13 dollars par mois. Deux mois plus tard, en mars 2025, son fils de 11 ans a été atteint par une balle en revenant d’une partie dehors. Il a survécu après des soins à l’hôpital, mais l’incident a rappelé la menace permanente que représentent les tirs embusqués pour les civils vivant dans ces quartiers. Ce cas illustre l’enchevêtrement entre pauvreté, pénurie de logements et dangers liés à une ligne de front traversant une zone urbaine.
Contexte de la ligne de front à Taiz
La ville de Taiz se trouve depuis plus d’une décennie au cœur du conflit yéménite. Sa configuration vallonnée et ses hauteurs surplombantes en font une zone particulièrement exposée aux tirs de tireurs embusqués. La ligne de front traverse des zones résidentielles, plaçant les populations civiles à portée des combats. La relative désescalade observée certaines années n’a pas éliminé ces risques, qui restent quotidiens pour les habitants vivant à proximité.
Tirs ciblés et victimes civiles
Un projet de surveillance onusien a pointé Taiz comme le lieu de 66 % des victimes civiles dues aux tirs de tireurs embusqués enregistrées dans le pays l’année précédente. Sur 21 cas documentés, neuf concernaient des enfants. Les résidents expliquent souvent n’entendre aucun coup de feu avant qu’un enfant ou un adulte ne soit touché, signe d’une menace furtive et difficile à prévenir. Les témoignages montrent que la peur transforme les comportements quotidiens : extinction des lumières la nuit, interdiction de jouer dans les espaces découverts et surveillance constante des trajectoires de passage.
Crise du logement et nombre de déplacés
Le gouvernorat de Taiz est l’un des plus peuplés du pays, avec près de 4,5 millions d’habitants et plus de 400 000 personnes déplacées à l’intérieur du gouvernorat. Les autorités locales estiment que plus de 10 000 maisons ont été totalement ou partiellement endommagées par le conflit, sans compter d’autres propriétés non recensées. À l’échelle nationale, près de 4,8 millions de personnes déplacées ne peuvent pas retourner chez elles, ce qui alimente une demande de logements largement supérieure à l’offre et pousse des familles vulnérables à occuper des habitations dangereuses ou inachevées.
Actions humanitaires et limites de la reconstruction
Des organisations locales et internationales ont engagé des programmes de réparation et de réhabilitation. La Nahda Makers Organization, par exemple, a réparé 2 389 maisons à travers plusieurs gouvernorats, dont la majorité à Taiz. Ces interventions permettent à certaines familles de retrouver un toit dans des zones plus sûres, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Le coût élevé des travaux et l’étendue des dommages ralentissent la reconstruction, laissant de nombreuses familles dans des logements précaires ou contraintes d’accepter des habitations à risque.
Stratégies d’adaptation des habitants
Face à l’impossibilité financière de déménager vers des zones plus sûres, de nombreux résidents adaptent leurs modes de vie. Certains acceptent des arrangements de garde de maisons non payés contre l’occupation du logement ; d’autres imposent des règles strictes aux enfants pour réduire l’exposition aux zones découvertes. Des propriétaires qui ont fui les combats préfèrent laisser leur bien inoccupé ou le confier gratuitement à des familles pauvres plutôt que d’exposer leurs proches au danger. Le coût humain de ces compromis est élevé : la sécurité et la santé psychologique des enfants et des adultes sont fragilisées par la proximité quotidienne des menaces.
La combinaison d’un marché locatif tendu, d’un parc immobilier endommagé et d’un front urbain actif crée un cercle vicieux. Les familles pauvres sont poussées vers les zones les plus dangereuses, où la moindre escalade peut avoir des conséquences mortelles. Les réparations ponctuelles et l’aide humanitaire apportent un soulagement limité, mais sans une augmentation significative des financements, de la sécurité et des opportunités économiques, la plupart des ménages resteront coincés entre la menace des combats et l’impossibilité financière de partir. La situation à Taiz illustre comment la guerre continue de remodeler l’espace urbain et la vie quotidienne de millions de personnes au Yémen.