Crise des soins néonatals à Gaza face à la hausse des naissances prématurées
Gaza : hausse des naissances prématurées et services néonatals sous pression
À Gaza, une augmentation marquée des naissances prématurées met à rude épreuve les unités néonatales déjà privées d’équipements essentiels, obligeant des mères à observer leurs nouveau-nés branchés à des moniteurs dans des conditions d’incertitude.
Dans une unité de soins intensifs néonatals du centre de Gaza, Noor Salem, 30 ans, passe ses journées à côté d’une couveuse où repose Yazan Al-Khalidi, son bébé né au huitième mois de grossesse. Yazan, arrivé bleuâtre et en détresse respiratoire, a été transféré d’urgence à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa à Deir el-Balah, la seule structure dotée d’une unité néonatale dans le centre de la bande de Gaza. Noor ne peut pas prendre son enfant dans ses bras : elle reste près de la plaque de verre, suivant chaque souffle et chaque mouvement, en attendant des nouvelles rassurantes des médecins.
Mère et nourrisson en soins intensifs à Deir el-Balah
Noor a déjà perdu un enfant pendant la crise alimentaire qui a frappé la région en 2025. Pendant sa grossesse avec Yazan, elle a vécu la pénurie d’articles de première nécessité et la peur constante d’une nouvelle tragédie. « J’ai eu peur tout au long de ma grossesse parce que j’avais déjà perdu mon bébé auparavant. J’avais peur de revivre les mêmes douleurs », confie-t-elle. À la naissance de Yazan, son état a nécessité des soins respiratoires immédiats et une surveillance continue, illustrant la fragilité des nouveau-nés prématurés dans un contexte de ressources limitées.
Explosion des naissances prématurées depuis octobre 2023
Les hôpitaux du territoire signalent une hausse notable des accouchements avant terme, des nouveau-nés de faible poids, ainsi que des mortinaissances et des malformations congénitales depuis le début du conflit et du blocus en octobre 2023. De nombreux nouveau-nés exigent des soins néonatals ou thermaux intensifs. Les facteurs évoqués incluent la malnutrition maternelle, le stress psychologique prolongé, et la dégradation des services prénatals, autant d’éléments qui augmentent le risque d’accouchements prématurés et de complications postnatales.
Unités néonatales saturées et pénuries d’équipement
L’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa reçoit des milliers de patientes et concentre la pression du centre de Gaza. Le personnel médical travaille dans des conditions extrêmes, avec des pénuries répétées de couveuses, de ventilateurs, de médicaments et de fournitures de base. Les coupures d’électricité et le manque de carburant réduisent encore la capacité des équipes à maintenir l’équipement en fonctionnement. « Nous travaillions sous une pression énorme, avec des pénuries d’équipements et d’électricité, ce qui représentait une menace directe pour les bébés dans les couveuses », explique le Dr Afnan Abu Hasaballah, obstétricien et gynécologue présent sur le terrain.
Pénuries et risques pour les nouveau-nés
Les nouveau-nés prématurés nécessitent une surveillance continue, de l’oxygène, une assistance respiratoire, une nutrition adaptée et des traitements spécifiques. Lorsque ces éléments font défaut, le risque de difficultés respiratoires, d’hypothermie, d’infections et d’hypoglycémie augmente sensiblement. Le personnel de santé s’efforce de rassurer les mères séparées de leurs bébés dans les premiers instants, mais la réalité reste dure : certains enfants qui auraient pu survivre dans des conditions normales sont menacés par l’insuffisance des ressources.
Facteurs maternels : malnutrition, stress et suivi prénatal dégradé
Les femmes enceintes arrivent fréquemment dans les hôpitaux épuisées par des déplacements répétés, la privation alimentaire et l’absence d’accès régulier aux soins prénatals. Une alimentation inadéquate accroît le risque d’anémie, d’épuisement et de complications pendant la grossesse, affectant directement le développement fœtal. « La peur constante, les déplacements répétés, le manque de nourriture et d’eau potable et l’accès limité aux soins prénatals augmentent le risque d’accouchement prématuré », note le Dr Abu Hasaballah, soulignant le lien entre conditions de vie dégradées et santé materno-infantile.
Aide locale sous tension pour la période post-hospitalière
Quand les bébés sortent des unités néonatales, les familles affrontent une nouvelle série de défis : absence de kits de stérilisation, manque de lait infantile, de couches, de couvertures et de vêtements pour nouveau-nés. Dans le camp de réfugiés de Nuseirat, la Fondation Qutoof Al-Khair tente de combler certaines lacunes en fournissant vitamines, suppléments nutritionnels, médicaments et matériel médical. Son directeur, Akram Abu Jiab, alerte sur l’ampleur des besoins qui dépasse largement les capacités des acteurs locaux : « L’ampleur des besoins dépasse de loin les ressources disponibles. L’écart entre les besoins et le soutien continue de se creuser chaque jour. »
Les professionnels de santé multiplient les interventions pour stabiliser les nouveau-nés et accompagner les mères, mais la combinaison de la hausse des naissances prématurées, des pénuries matérielles et des conditions de vie détériorées crée un risque accru pour la survie et le développement des nourrissons. Noor et de nombreuses autres mères restent en attente, entre espoir et peur, dépendantes de la disponibilité d’une prise en charge néonatale minimale et d’un soutien continu après la sortie de l’hôpital.