Traité des Chagos en attente, Chagossiens âgés redoutent de ne jamais revenir
Enterrement à Maurice met en lumière l’attente des Chagossiens pour un retour incertain
Les Chagossiens, déplacés depuis les années 1960, attendent que le traité de 2025 leur permette de revenir; retards législatifs et opposition américaine retardent l’entrée en vigueur.
Enterrement à Pointe aux Sables révèle l’urgence humaine
Lors d’un enterrement à Pointe aux Sables, sur la côte mauricienne, des proches ont versé du sable provenant des îles Chagos dans la tombe d’un aîné pour honorer son désir de mourir « dans son pays natal ». Ce geste illustre l’émotion et l’urgence ressenties par une diaspora dont les membres les plus âgés craignent de ne jamais voir la fin des procédures diplomatiques et légales. Olivier Bancoult, du Groupe des Réfugiés des Chagos, a exprimé la douleur collective : les promesses de retour tardent et le temps des aînés s’amenuise.
Traité signé le 22 mai 2025 mais non appliqué
Le traité conclu entre le Royaume‑Uni et Maurice le 22 mai 2025 prévoit que la souveraineté de l’archipel des Chagos revienne à Maurice, tout en autorisant au départ le maintien d’une base militaire américaine sur Diego Garcia pour une période initiale de 99 ans. Le texte prévoit aussi que Maurice organise la réinstallation des Chagossiens sur des îles autres que Diego Garcia. Malgré la signature, l’accord n’est pas entré en vigueur : la législation britannique nécessaire à sa mise en œuvre n’a pas progressé avant la fin de la session parlementaire 2024‑2026, achevée le 29 avril, selon des déclarations gouvernementales. Ce blocage administratif repousse l’horizon d’un retour effectif.
Pressions diplomatiques et opposition américaine
La mise en œuvre du traité se heurte à une opposition déclarée des États‑Unis, incarnée publiquement par l’ancien président Donald Trump qui a qualifié l’accord d’« acte d’une grande stupidité » et mis en doute la protection de la base de Diego Garcia. Face à ces objections, les gouvernements impliqués affirment travailler à des garanties pour les opérations militaires tout en respectant la souveraineté mauricienne prévue par le traité. Au Royaume‑Uni, le Premier ministre Andy Burnham a indiqué en septembre que Londres collaborerait avec Maurice et les États‑Unis pour trouver une voie qui concilie sécurité et obligations internationales. Le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam s’est rendu à Londres pour discuter de ces développements.
Conséquences démographiques et culturelles
La communauté chagossienne voit ses membres nés sur l’archipel atteindre des âges avancés — entre 58 et 100 ans selon les représentants du groupe — et plusieurs aînés sont décédés ces dernières années. Cette réalité nourrit l’inquiétude : les retardements administratifs signifient que certains ne vivront peut‑être pas assez longtemps pour retourner dans les îles qui ont façonné leur identité. Pour les jeunes générations, la dispersion et les migrations successives compliquent la transmission culturelle : le créole chagossien, des recettes et certains savoirs locaux s’érodent à mesure que la diaspora s’installe à Maurice, aux Seychelles ou au Royaume‑Uni.
Divisions politiques au sein de la diaspora
La stratégie politique à adopter pour obtenir un retour n’est pas uniforme parmi les Chagossiens. Le Chagos Refugees Group, auquel appartient Bancoult, défend la réinstallation sous souveraineté mauricienne. D’autres voix de la diaspora, notamment un groupe soutenu par Misley Mandarin au Royaume‑Uni, privilégient une réinstallation sous souveraineté britannique et ont reçu le soutien de partis politiques britanniques comme Reform UK. Ces divergences reflètent des analyses différentes des priorités : certains placent la rapidité et la sécurité matérielle au premier plan, d’autres insistent sur la reconnaissance juridique et la restitution de droits.
Diego Garcia demeure le point focal des négociations
La pérennité et l’usage de la base de Diego Garcia constituent la principale épine du dossier. Des organisations politiques mauriciennes comme Lalit exigent la fermeture de la base et s’opposent à son maintien militaire. D’autres estiment que le traité, en remontant la souveraineté à Maurice, pourrait offrir à Port‑Louis plus de contrôle sur les conditions d’usage de l’île. Des inquiétudes subsistent sur les nouveaux partenariats sécuritaires et la présence d’infrastructures à caractère militaire dans la région, ce qui alimente le débat public à Maurice et dans la diaspora.
La question centrale pour les Chagossiens reste toutefois humaine : garantir que les plus âgés aient la possibilité de revenir dans leur patrie de naissance avant qu’il ne soit trop tard. Le temps presse et les décisions politiques, diplomatiques et législatives à venir détermineront si les engagements formels pourront se traduire en retours concrets pour une population dispersée depuis plus d’un demi‑siècle.