Travail des enfants à Mbare: garçons ramassent la ferraille dans des conditions dangereuses
Des garçons de 6 à 9 ans ramassent la ferraille à Harare, exposés à des risques et à l’exploitation
À Harare, des garçons de 6 à 9 ans fouillent la ferraille à Mbare et au marché de Siyaso pour quelques centimes, confrontés à des blessures, à des risques sanitaires et à l’absence de protections sociales.
Scène à Siyaso et profils des enfants
Par un soir pluvieux et au petit matin, des garçons en bas âge arpentent les postes de soudure et les tas de déchets du marché informel de Siyaso, près du quartier de Mbare, au sud du centre-ville de Harare. Ils cherchent des morceaux de métal — chutes de fabrication, composants de moteurs, plaques en cuivre ou en laiton — qu’ils entassent dans des sacs pour les revendre ensuite. Certains, comme Takudzwa, âgé de huit ans, reviennent avant et après l’école; d’autres se déplacent en groupe pour éviter les chiens et la vigilance des adultes. Les gains servent parfois à acheter un beignet, à aider la famille ou à garder de l’argent pour la scolarité.
Conditions dangereuses et risques sanitaires
Les lieux de collecte offrent peu de protections: objets tranchants, risques d’infection, coupes, perforations et exposition à des métaux lourds et à des déchets contaminés. Des récupérateurs racontent des blessures survenues dès l’enfance — clous perçant des semelles, plaies non traitées — et le risque permanent de maladies comme le tétanos. Travailler dans ces conditions est classé comme « travail dangereux » dès lors qu’il menace la santé, la sécurité ou le développement des enfants.
Économie de la ferraille et rémunération
La ferraille a acquis une valeur marchande croissante. Sur les marchés locaux, les jeunes vendeurs reçoivent généralement entre 10 et 20 cents de dollar par kilogramme selon la qualité; des morceaux en laiton ou en cuivre peuvent atteindre jusqu’à 1 dollar l’unité quand ils sont rares. À l’échelle mondiale, le secteur du recyclage de la ferraille connaît une forte demande liée à l’industrialisation et à la construction, ce qui crée des chaînes d’approvisionnement dans lesquelles les plus vulnérables occupent les maillons les moins rémunérés.
Chaîne d’achat et logique des revendeurs
Autour de Mbare se sont développés des micro-centres d’achat et des revendeurs qui rassemblent le métal pour le revendre à des acteurs plus importants ou pour l’exportation. Des récupérateurs adultes expliquent acheter la ferraille aux enfants à bas prix — parfois 10 cents le kilo — puis la revendre à un tarif supérieur. Certains ont commencé très jeunes dans ce commerce et ont progressivement pris des positions intermédiaires dans la chaîne de valeur, créant une dynamique où la concurrence et la négociation l’emportent sur des normes salariales stables.
Cadre légal et lacunes de protection
La législation nationale interdit le travail des enfants en dessous d’un certain âge, mais l’application reste insuffisante dans les quartiers informels. Des estimations internationales montrent que des millions d’enfants sont encore engagés dans des activités économiques au Zimbabwe, et qu’une part significative effectue des travaux dangereux. L’absence de systèmes de protection sociale robustes et la faiblesse des mécanismes d’inspection du travail contribuent à maintenir ces pratiques.
Pauvreté, vulnérabilité et solutions possibles
La pauvreté est au cœur du phénomène: ménages aux revenus insuffisants, pertes d’emploi, maladies ou crises agricoles poussent les familles à compter sur les revenus des enfants. Les acteurs du secteur du recyclage et des experts en protection sociale soulignent la nécessité d’une réponse combinée: renforcement des filets sociaux, programmes d’accès à l’éducation et à la santé, et régulation du secteur informel pour garantir des conditions de travail sûres et des rémunérations équitables. Sans ces mesures, les enfants continueront d’être attirés par des revenus immédiats au détriment de leur développement à long terme.
Takudzwa, Quinton et d’autres enfants de Mbare aspirent à terminer leurs études et à trouver des emplois mieux rémunérés; pour l’instant, la collecte de ferraille reste pour eux un moyen direct de contribuer aux besoins familiaux, malgré les dangers et l’illégalité de leur emploi.