Trois portes en fer à Hébron restreignent la mobilité des Palestiniens en vieille ville
Hébron : trois nouvelles portes en fer paralysent la vieille ville et isolent des milliers d’habitants
Trois portes en fer ferment des rues d’Hébron, renforcent les contrôles et paralysent commerces et déplacements des Palestiniens de la vieille ville, gravement.
La récente installation de trois portes en fer sur un tronçon de la vieille ville d’Hébron a accentué une dynamique de restriction déjà profondément enracinée, compliquant la vie quotidienne de milliers de résidents et étouffant l’activité commerciale. Les barrières, posées sur une portion d’environ 200 mètres, affectent l’accès aux artères commerciales et renforcent le sentiment d’isolement dans des quartiers déjà soumis à un contrôle serré. Les autorités municipales et des habitants interrogés décrivent une dégradation continue des conditions de circulation, d’accès aux services et de sécurité pour la population palestinienne de la ville.
Emplacement et portée des nouvelles installations
Les trois portes en fer ont été dressées sur la route al-Zahid et la rue al-Shalala, deux axes qui assurent la liaison entre la vieille ville, la zone commerçante et l’entrée principale accessible aux véhicules. Une de ces portes bloque l’unique voie véhicule menant à l’entrée de la vieille ville, tandis que les autres contrôlent des liaisons piétonnes utilisées quotidiennement par des commerçants, des travailleurs et des fidèles. Ces dispositifs s’ajoutent à une configuration de plus en plus verrouillée qui modifie la géographie urbaine et les parcours habituels.
Conséquences immédiates pour les résidents et les commerçants
Les fermetures répétées et les contrôles aléatoires paralysent l’activité commerciale : de nombreux magasins ont vu leur chiffre d’affaires chuter et certains ont dû fermer. Les habitants signalent des files et des attentes prolongées aux points de contrôle, parfois déterminées par l’humeur d’un soldat présent sur place. Les commerçants qui occupent des boutiques dans la vieille ville disent survivre grâce à une présence de « fermeté » plutôt qu’à des conditions économiques viables, soulignant la difficulté d’approvisionner les commerces et d’accueillir une clientèle régulière.
Concentration des obstacles dans la zone H2
La vieille ville se situe en grande partie dans une zone identifiée comme H2, soumise à un contrôle de sécurité très strict. Un pourcentage conséquent des points de contrôle et des obstacles routiers de la Cisjordanie se trouve dans cette zone, ce qui concentre les restrictions et affecte directement la mobilité d’environ 7 000 à 10 000 Palestiniens vivant à proximité immédiate des sites où résident aussi des colons. Certaines parties deviennent inaccessibles aux véhicules et sont soumises à des couvre-feux récurrents, généralement pendant les week-ends.
Évolution des restrictions depuis octobre 2023
Depuis le 7 octobre 2023 et le renforcement du conflit à Gaza, les règles d’accès se sont durcies : seuls les détenteurs de numéros d’identification spécifiques peuvent parfois franchir certains postes, lesquels sont le plus souvent ouverts entre 7h et 20h. Le nombre total de points de contrôle et d’obstacles s’est accru dans la période récente, augmentant encore les obstacles à l’éducation, au travail et aux soins. Les étudiants et enseignants rapportent des fouilles fréquentes, des retards importants et des itinéraires rallongés pour se rendre à l’école.
Histoire des fermetures et changements urbains depuis 1994
Les transformations de la vieille ville remontent à l’attentat sanglant de 1994, qui a modifié en profondeur la configuration des rues et l’usage des espaces publics. La signature du protocole de 1997 a divisé la municipalité entre zones sous juridiction palestinienne et zones sous contrôle sécuritaire, façonnant une réalité où certaines artères historiques, comme la rue Shuhada, ont perdu leur fonction commerciale et de transit. Dans les années 2000, les périodes d’intensification des affrontements ont encore renforcé les bouclages et les fermetures partielles.
Réactions locales et recours juridiques
La municipalité d’Hébron a engagé des actions devant les tribunaux, tout en exprimant un scepticisme quant à l’impartialité du système judiciaire. Les autorités municipales dénoncent une logique d’étranglement progressif des quartiers palestiniens, corrélée selon elles à des mesures de consolidation de la présence de colons. Les organisations et coordinateurs locaux décrivent les restrictions comme des facteurs qui « retiennent les résidents en otages » et appellent à des mesures pour restaurer la liberté de mouvement et relancer l’économie locale.
Le quotidien des habitants reste marqué par des itinéraires détournés, des attentes prolongées et l’angoisse liée aux fermetures ponctuelles lors d’incursions ou d’événements de sécurité. Les écoles, les entreprises et les institutions locales subissent des perturbations récurrentes, rendant difficile la planification des activités et l’accès aux services essentiels. Avec l’installation récente des portes en fer, les résidents craignent une nouvelle étape d’isolement qui risque d’accélérer l’exode commercial et de fragiliser durablement la vie urbaine dans la vieille ville.