Tunisie cinq ans après Saïed manifestations contre pénuries, hausse des prix et répression
Tunisie : le cri de 2011 renaît face aux coupures, pénuries et resserrement politique
Les Tunisiens reprennent le slogan de la révolution de 2011 — « emploi, liberté et dignité nationale » — alors que des coupures d’eau, des pannes d’électricité, la hausse des prix et des ruptures d’approvisionnement convergent pour alimenter une colère sociale qui traverse les clivages politiques.
Mobilisation et slogans retrouvés
Depuis plusieurs semaines, des manifestations éclatent du nord au sud du pays, rassemblant des citoyens de milieux divers. Les rassemblements reprennent les revendications qui avaient animé le soulèvement de 2011, mais dans un contexte politique transformé : le pouvoir exécutif s’est fortement renforcé et les voies de contestation institutionnelle sont désormais plus étroites. La demande centrale reste la même — emplois stables, accès aux services de base et respect de la dignité — mais les manifestants disent ne plus avoir d’alternatives efficaces pour faire aboutir leurs attentes.
Services publics sous pression et impact sur la vie quotidienne
Les délestages électriques et les interruptions de l’alimentation en eau ont fragilisé le quotidien de nombreuses familles. À l’été 2026, des thermomètres ont approché les 50 °C dans certaines régions, avec un pic enregistré à 49,8 °C à Kairouan, ce qui a fait exploser la consommation d’électricité et contribué à des coupures tournantes. Des zones ont connu des jours sans eau courante, des files devant les commerces et des livraisons d’eau potable par camion-citerne. Les prix des produits de première nécessité continuent de grimper, réduisant le pouvoir d’achat et accentuant la précarité, en particulier parmi les jeunes et dans l’intérieur du pays.
Évolution politique depuis le 25 juillet 2021
Le paysage politique a changé radicalement depuis la suspension du Parlement et la destitution du gouvernement le 25 juillet 2021. Le système institutionnel a été remanié par une nouvelle constitution adoptée en 2022 qui a renforcé les prérogatives présidentielles. Cette centralisation a été présentée par ses partisans comme une réponse à l’instabilité et à la corruption, mais pour beaucoup elle a aussi signifié une réduction des mécanismes de contrôle et des espaces de débat politique, modifiant profondément la manière dont les citoyens peuvent exprimer et faire valoir leurs revendications.
Procès et répression perçue de la dissidence
Depuis la restructuration de l’appareil politique, des procès très médiatisés ont visé des figures publiques, des opposants et des militants, provoquant une inquiétude généralisée sur l’état des libertés publiques. Au printemps 2025, des peines lourdes ont été prononcées contre plusieurs dizaines d’accusés dans une affaire présentée par les autorités comme une menace pour la sécurité de l’État ; en novembre 2025, une cour d’appel a confirmé la majorité de ces condamnations. Ces procédures ont été perçues par une partie de la société comme un signal fort du resserrement de l’espace civique, limitant la capacité des organisations et des médias à contester les décisions publiques.
Nouveau profil des mobilisations et rôle des collectifs
Les manifestations récentes ne se limitent pas aux acteurs traditionnels de l’opposition : des collectifs émergents cherchent à rassembler des citoyens au-delà des anciennes appartenances partisanes. Ces mouvements attirent des personnes qui n’avaient jusque-là jamais participé à des actions publiques. Pour ces collectifs, la lutte actuelle combine revendications sociales immédiates et appels à restaurer des espaces de participation politique. Des appels à la solidarité locale et à des initiatives citoyennes se multiplient, mais ils se heurtent à une fatigue sociale et à la défiance envers la classe politique traditionnelle.
Risques sociaux et trajectoire politique à court terme
La conjonction d’une crise économique persistante et d’un espace politique réduit pose un risque d’aggravation des tensions sociales. Les contestations sont pour l’instant majoritairement pacifiques, mais l’absence de canaux institutionnels visibles pour traiter les doléances accroît la probabilité d’escalades ponctuelles. Les autorités affirment que les mesures prises visent à stabiliser le pays et à combattre les dysfonctionnements, tandis que de nombreux citoyens jugent que le redressement promis n’est pas au rendez-vous. La manière dont le gouvernement et les acteurs sociaux géreront les prochaines semaines déterminera si la colère se canalise dans des formes de négociation ou si elle s’amplifie en tensions plus durables.
La revendication récurrente d’« emploi, liberté et dignité » montre que, quinze ans après le soulèvement de 2011, les mêmes demandes fondamentales restent au cœur des attentes populaires — et que la réponse politique à ces demandes continuera de façonner la trajectoire sociale et institutionnelle du pays.