Gaza Al-Irada, le football des amputés comme moyen de survie
Gaza: un club de football pour amputés transforme un stade ravagé en lieu de résilience
À Gaza, le club Gaza Al-Irada rassemble des joueurs amputés; Ali Tafesh s’entraîne sur des terrains ravagés, entre deuil, pénurie d’équipements et résilience.
Dans les décombres du Stade Palestine, à la ville de Gaza, des hommes amputés s’entraînent avec des béquilles et des chaussures usées, reconstruisant une forme de normalité autour d’un ballon. Parmi eux, Ali Tafesh, 24 ans, échange des passes et court sur la pelouse dégradée: il a perdu une jambe après qu’une frappe a touché sa maison du quartier de Zeitoun en février 2024, tuant sa mère et son frère. Alors que la Coupe du monde 2026 débute en Amérique du Nord, ces joueurs affrontent une réalité très différente, marquée par un conflit qui a entraîné la mort de près de 73 000 Palestiniens et la destruction d’une grande partie des infrastructures locales.
Entraînements sur un stade partiellement détruit
Le Stade Palestine, longuement utilisé pour des matches locaux, sert aujourd’hui de rare espace sportif encore praticable. Les terrains sont abîmés, les gradins partiellement effondrés et les installations électriques inexistantes. Malgré cela, Gaza Al-Irada organise des séances où la priorité est sécuritaire et symbolique: maintenir le corps en activité, retrouver des repères sociaux et affirmer une présence collective dans un environnement qui a perdu la plupart de ses fonctions publiques.
Parcours et pertes d’Ali Tafesh
Ancien sprinteur et diplômé en droit, Ali menait une vie sportive active avant la guerre. Après la frappe sur sa maison, il a subi une amputation et a traversé des mois de traitements et de réadaptation. L’arrivée au sein de Gaza Al-Irada s’est faite par l’intermédiaire d’amis également amputés; le club lui a offert une nouvelle raison de se lever chaque jour. Son trajet quotidien pour rejoindre l’entraînement peut durer plus de deux heures à pied avec des béquilles, un effort rendu plus ardu par l’absence de transports et les rues dégradées.
Manque d’équipement et d’infrastructures
Les joueurs évoluent avec des ressources extrêmement limitées: peu de béquilles adaptées, pas toujours de chaussures de sport appropriées, et un équipement de protection quasi inexistant. Les équipes improvisent avec ce qu’elles trouvent sur place et recyclent matériaux et bandages pour pallier les besoins. L’absence de soutien logistique — terrains sécurisés, matériel médical de rééducation, transports — rend chaque séance d’entraînement un défi organisationnel autant qu’une épreuve physique.
Le football comme stratégie de survie
Pour ces joueurs, le football dépasse la simple pratique sportive: il devient un moyen de survie psychologique et sociale. L’activité permet de combattre l’isolement, d’offrir des routines, et de créer des liens entre personnes qui ont subi des pertes similaires. Les matches et exercices renforcent la mobilité, aident à gérer la douleur et constituent une petite victoire contre la fatalité quotidienne. Le club incarne une volonté collective de conserver des espaces de dignité au cœur d’une ville en grande partie sinistrée.
Défis quotidiens et espoirs collectifs
Au-delà des entraînements, les joueurs doivent composer avec des limitations alimentaires, l’accès incertain aux soins et la précarité du logement. Pourtant, ils affichent une détermination commune: utiliser le sport pour reconstruire des trajectoires individuelles et collectives. Certains espèrent obtenir des aides matérielles ou des prothèses adaptées, d’autres cherchent simplement à maintenir un rythme de vie qui éloigne un temps la souffrance et le deuil.
Ce club pour amputés témoigne d’une réalité moins visible que les grands événements sportifs internationaux mais tout aussi révélatrice: même dans des contextes de violence et de rupture, les communautés trouvent des moyens de se réorganiser. Les entraînements au Stade Palestine ne remplacent pas l’absence d’infrastructures ni les pertes subies, mais ils offrent un espace de résilience où des hommes comme Ali Tafesh tentent de retrouver sens et mobilité, match après match, pas après pas.