Pénurie de sucre en Inde menace Diwali et alourdit le coût des friandises
Flambée du sucre en Inde menace les confiseries et pèse sur Diwali
En Inde, la hausse du prix du sucre et la baisse de la production inquiètent artisans et foyers à l’approche des fêtes, avec des importations autorisées et des producteurs sous forte pression.
La forte augmentation des prix du sucre en Inde affecte désormais la préparation des fêtes et les petits revenus des travailleurs migrants. À Srinagar, Jai Krishan, ouvrier originaire du Bihar, a mis de côté l’essentiel de ses économies pour pouvoir rentrer chez lui et acheter des friandises de Diwali pour sa famille. Mais la flambée du prix du sucre au détail — passée, selon des commerçants, d’environ 40–45 roupies le kilogramme à près de 75 roupies sur certains marchés — contraint déjà les consommateurs à revoir leurs achats et met en péril les ventes saisonnières des confiseries traditionnelles.
Une hausse des prix ressentie par les ménages
Pour des ménages modestes et des travailleurs migrants, les sucreries représentent un poste de dépense symbolique mais essentiel lors des célébrations. Les confiseries indiennes — laddu, barfi, kaju katli, jalebi — contiennent entre 30 et 60 % de sucre en poids, rendant leur coût très sensible aux variations du prix du sucre. De nombreux acheteurs déclarent déjà payer 15 à 20 % de plus pour ces produits cette année, et certains envisagent de sacrifier vêtements ou jouets pour préserver l’achat de friandises destinées aux proches.
Production en baisse et facteurs climatiques
Les estimations de production pour la campagne octobre 2025–septembre 2026 ont été révisées à la baisse, autour de 30,6 millions de tonnes, soit près de 11 % de moins que les prévisions antérieures. Le recul est attribué à une conjonction de facteurs climatiques, notamment un épisode d’El Niño associé à des précipitations réduites, et à la diminution des superficies consacrées à la canne à sucre. Cette contraction de l’offre nationale explique en grande partie la montée des prix sur le marché intérieur.
Agriculteurs confrontés à des pressions économiques
Sur le terrain, les producteurs soulignent des raisons structurelles de l’abandon progressif de la canne. Les coûts de production — main-d’œuvre, irrigation, intrants — ont augmenté plus vite que les prix perçus par les cultivateurs, certains estimant même des pertes à la tonne. Des variétés localement dominantes sont devenues plus vulnérables aux maladies comme la pourriture rouge, et la dégradation des sols et la pression sur les eaux souterraines aggravent la situation. Par ailleurs, des retards de paiement par les sucreries limitent la capacité d’investissement des petits exploitants, renforçant le mouvement vers d’autres cultures potentiellement plus rentables.
Débat sur l’éthanol et décision politique d’importation
Le gouvernement a rejeté l’hypothèse d’un détournement massif de canne vers la production d’éthanol comme cause principale de la pénurie, soulignant que la part de sucre utilisée pour l’éthanol a diminué ces dernières années. Pour atténuer la pression sur l’offre intérieure avant la période des fêtes, l’exécutif a autorisé l’importation en franchise de droits d’un million de tonnes de sucre brut, avec un plafond tarifaire en vigueur jusqu’au 31 octobre 2026. Cette mesure vise à limiter la hausse des prix nationaux, mais elle soulève des questions pratiques : le sucre importé est majoritairement brut alors que la demande domestique porte essentiellement sur le sucre raffiné, et les délais de raffinage et de distribution peuvent retarder l’effet attendu sur les prix de détail.
Impact sur les industriels et les artisans de la confiserie
Le secteur des confiseries, qui génère plus de 40 % de ses ventes annuelles durant la saison des fêtes, craint une contraction significative du chiffre d’affaires. Les fabriques artisanales et les boutiques familiales, particulièrement présentes dans les centres urbains et les marchés de quartier, font face à des marges compressées et à une demande incertaine. Si les importations réduisent la pression sur les prix de gros, la chaîne de transformation et de commercialisation devra absorber les coûts et adapter ses recettes ou ses formats pour maintenir l’accessibilité des produits populaires.
Le poids social et culturel des sucreries amplifie l’impact économique : offrir des bonbons reste au cœur de nombreuses pratiques religieuses et familiales, et limiter ces échanges nourrit une perception de perte symbolique lors d’événements comme Diwali, Navratri ou les mariages.
Malgré les interventions, ce sont surtout les ménages modestes et les petits producteurs qui subissent les ajustements. À Srinagar, Jai Krishan économise sur ses déplacements quotidiens et réduit d’autres dépenses pour garder la tradition d’offrir des friandises à sa famille. De l’autre côté, certains agriculteurs envisagent d’abandonner définitivement la canne si les conditions économiques ne s’améliorent pas.
La conjoncture actuelle met en lumière la vulnérabilité d’une filière stratégique confrontée à des chocs climatiques, à des contraintes structurelles et à des tensions sur les coûts de production. Les prochains mois, en particulier la période festive d’octobre-novembre, serviront de test pour mesurer l’efficacité des mesures d’importation et l’adaptabilité des producteurs et commerçants face à une demande saisonnière forte et culturellement ancrée.