Sanna Manjang, ex-chef des Junglers, jugée en Gambie pour désertion
Sanna Manjang jugé pour désertion à Banjul, relance des enquêtes sur les Junglers
Le chef paramilitaire Sanna Manjang est jugé à Banjul pour désertion liée à son départ en 2017, relançant les enquêtes sur les crimes sous Yahya Jammeh.
L’ancien commandant d’une unité paramilitaire connue sous le nom de Junglers est comparu devant un tribunal militaire à Banjul le 21 septembre 2026 pour répondre d’accusations de désertion. Accusé d’avoir quitté les forces armées en 2017, après la chute du régime de Yahya Jammeh, Manjang fait face à une procédure qui réactive les efforts nationaux pour traiter les crimes commis pendant les deux décennies précédentes.
Procès pour désertion à la cour militaire de Banjul
L’audience porte spécifiquement sur une accusation de « absence continue de neuf ans avec intention de désertion ». La comparution marque une nouvelle phase judiciaire après que des poursuites pour meurtre contre Manjang ont été abandonnées en juillet 2026. L’affaire militaire s’inscrit dans un dossier plus large visant à établir les responsabilités individuelles liées aux violences systématiques attribuées aux Junglers et à d’autres unités parallèles durant le règne de Jammeh.
Arrestation au Sénégal et rapatriement en 2025
Sanna Manjang a été arrêté au Sénégal en novembre 2025 et rapatrié en Gambie en décembre 2025. Son rapatriement a permis aux autorités gambiennes de rouvrir des procédures longtemps interrompues par son exil. Avant cette capture, Manjang avait fait l’objet de plusieurs inculpations et d’apparitions judiciaires antérieures, dont une audience à la Haute Cour de Banjul le 15 janvier 2025.
Abandon des poursuites pour meurtre en juillet 2026
En juillet 2026, les charges de meurtre initialement retenues contre Manjang — notamment pour la mort en 2004 d’un journaliste et pour trois autres homicides — ont été abandonnées par le parquet. Les autorités ont invoqué la difficulté à réunir et faire comparaître des témoins essentiels, certains étant eux-mêmes impliqués dans des escadrons de la mort. Après cet abandon, des poursuites séparées portant sur des agressions ont toutefois été maintenues, et la procédure militaire pour désertion a été engagée parallèlement.
Rôle des Junglers et constatations de la commission nationale
Le groupe connu sous le nom de Junglers opérait en marge de l’armée gambienne et est accusé depuis longtemps d’exécutions extrajudiciaires, de tortures et d’autres violations graves des droits humains. Après la fin du régime de Yahya Jammeh, la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC) a enquêté et conclu qu’entre 240 et 250 personnes avaient été tuées par l’État, en plus d’innombrables cas de torture, d’enlèvements et d’autres abus. Ces constats ont servi de base à une série d’enquêtes et de procès visant à établir la responsabilité pénale des personnes impliquées.
Condamnations et poursuites internationales antérieures
Plusieurs acteurs liés au régime de Jammeh et aux Junglers ont déjà été arrêtés et condamnés à l’étranger. Des procédures pénales dans des juridictions étrangères ont permis des condamnations et des transferts de dossiers pour certains responsables, tandis que d’autres enquêtes restent en cours au plan national. Le procès de Manjang intervient dans ce contexte de répression judiciaire croissante visant à répondre aux attentes de justice et de réparation exprimées par des victimes et leurs familles.
Enjeux judiciaires et obstacles à la réconciliation
La procédure contre Manjang souligne les difficultés persistantes auxquelles la Gambie fait face pour traduire en justice les crimes d’État. Les obstacles incluent la disponibilité et la sécurité des témoins, la collecte de preuves anciennes, et la nécessité de concilier exigences de transparence et garanties d’un procès équitable. Le choix d’un tribunal militaire pour juger la désertion soulève aussi des questions sur la compétence et l’adéquation des juridictions pour traiter des aspects spécifiques des abus passés.
La tenue de ce procès à Banjul est perçue comme une étape clé pour la justice transitionnelle en Gambie, mais elle met en lumière les limites du système judiciaire à traiter des crimes massifs commis dans un contexte d’impunité prolongée. Alors que la procédure se poursuit, les attentes restent élevées pour que la justice fournisse des réponses concrètes aux victimes et contribue à la stabilisation institutionnelle du pays.